Les possédées d’Auxonne

Voilà une bien étrange histoire qui secoua la ville d’Auxonne au milieu du XVIIe, une histoire de possessions démoniaques qui a touché les sœurs ursulines du couvent. Quel mal a-t-il touché les sœurs-ursulines ?




 

Un peu d’histoire

 

L’église d’Auxonne où se sont déroulées certaines séances d’exorcisme.

 

Nous sommes en 1658, en France, sous le règne de Louis XIV, une période sombre de l’histoire où le Diable est omniprésent et où l’on brûle les sorciers et sorcières sur le bûcher.

C’est là que débute cette étrange histoire, au couvent d’Auxonne, près de Dijon : de jeunes religieuses âgées de 15 à 20 ans sont terrifiées. Elles disent être possédées. Elles sont prises de convulsions, voient et entendent le Diable leur parler. Elles crient que cela n’est pas de leur faute, mais la faute d’un sorcier ou d’une sorcière qui leur aurait jeté un sort. Elles sont prises de désirs érotiques incontrôlables.

L’on sait que ces sœurs-ursulines, pour la plupart, ne sont pas là par convictions religieuses ou parce qu’elles ont choisi de s’en remettre à Dieu totalement ou parce qu’elles ont entendu l’appel de Dieu, mais elles sont là par soucis économiques. En effet, à cette époque, les familles choisissaient de placer les filles au couvent pour éviter la dot du mariage. C’était cela ou la prostitution. Et, aussi, si la fille ne se marie pas, elle n’aura pas d’enfants et donc les biens familiaux ne seront pas divisés.

L’affaire qui nous concerne débute avec le retour de Barbe Buvée, une femme autoritaire de 45 ans, froide, méchante. C’est à son arrivée que les troubles qui vont secouer le couvent vont commencer. 

Les jeunes sœurs-ursulines vont subir continuellement les assauts des démons, vont entrer dans des crises destructrices et incontrôlables, vont se mettre à blasphémer, vont crier qu’on veut les tuer… Devant tant de souffrances, la Supérieure du couvent est obligée d’en référer à son supérieur et dès le début de l’enquête, les soupçons sont dirigés vers Barbe Buvée, qui a un comportement bizarre. Déjà, les troubles ont commencé à son retour. De plus, cette femme est froide, insensible, dure. La mère Supérieure la désigne aussitôt comme étant celle qui a fait entrer le Diable au couvent. Alors, Barbe Buvée est jetée dans une des cellules du couvent.

 

 

Les exorcismes

Après enquête, on décide de commencer les séances d’exorcisme. Les sœurs souffrent effectivement d’un mal démoniaque et le seul moyen de les sauver, c’est de pratiquer plusieurs exorcismes.

Comme cela se faisait beaucoup à cette époque, les exorcismes se déroulent en public et la foule se presse à l’église d’Auxonne où beaucoup d’exorcismes sont donnés. Plusieurs prêtres tentent de délivrer les pauvres sœurs qui se contorsionnent de douleurs, qui hurlent, qui sont maintenues par des chaînes sur des tables en bois, presque nues.

On sait, d’après les nombreux écrits de cette époque relatant cet épisode, qu’une des séances d’exorcisme a mal tourné. Une des sœurs possédées déclare, avec la voix d’un démon, que ce sont trois sorcières qui ont jeté un sort au couvent et les désignent par leur nom. Aussitôt, ces filles, qui sont des marchandes de légumes, sont arrêtées et accusées de sorcellerie. Sans autre forme de procès, elles sont lynchées par la foule. Ce seront les trois seules mortes de l’affaire et heureusement !

Les exorcismes sont épuisants et ne font pas revenir le calme au sein du couvent. Alors, le tribunal de l’Église engage une procédure d’enquête et le Parlement de Dijon envoie l’un de ses conseillers sur place, Bénigne Legoux, qui, minutieusement, va mener l’enquête.

Elle rédigera un rapport détaillé qui est toujours conservé à Dijon. Ce rapport, qui compte 500 pages, est un document unique que les historiens ont largement étudié. Ce document donne comme conclusion que les sœurs ne sont pas possédées, que les religieuses sont des affabulatrices. Bénigne Legoux avait, en effet, retrouvé dans les cellules des sœurs des livres racontant l’affaire des possédées de Loudun qui retracent les comportements des sœurs possédées. Alors, les filles d’Auxonne avaient voulu imiter cette affaire qui avait fait grand bruit dans toute la France, la reproduire, avaient voulu que l’on parle d’elles et surtout, avaient voulu briser la monotonie du couvent et se venger de Barbe Buvée.

La décision de Bénigne Legoux ne fait pas l’unanimité et une nouvelle enquête s’ouvre sous l’ordre du roi. Cette fois-ci, c’est l’évêque de Chalon-sur-Saône qui est mandaté sur place et sa conclusion contredit celle de Bénigne Legoux. Pour cet homme d’Église, les sœurs-ursulines d’Auxonne sont possédées.

Devant ces deux conclusions opposées, le Parlement de Paris décide de laisser l’affaire s’enterrer. Les exorcismes se poursuivent au sein du couvent, réussissant à délivrer quelques sœurs. Barbe Buvée quitte Auxonne pour un autre monastère et les jeunes filles encore possédées sont transférées dans d’autres couvents.

Et en effet, l’affaire se tasse. Personne ne sera envoyé sur le bûcher.

Plus tard, on apprendra que Barbe Buvée avait voulu remettre de l’ordre au sein du couvent des ursulines et mettre fin aux visites que rendaient les jeunes prêtres à celles qui allaient devenir les possédées d’Auxonne. Donc, la thèse de Bénigne Leroux se vérifie : les jeunes sœurs avaient voulu écarter Barbe Buvée qui avait découvert leurs petites aventures avec les jeunes prêtres.

 

 

Des évènements pourtant très étranges

De cette affaire qui a fait trembler Auxonne, nous avons de nombreux écrits.

Lors des différentes enquêtes menées au sein du couvent, il a été noté des bruits confus, des voix sortant de nulle part, des sifflements, parfois des cris. Des pierres ont même été jetées par le toit sur l’autel de l’église, sans que l’on sache d’où elles pouvaient provenir.

Une fois, tout le monastère se mit à trembler, tellement que les sœurs crurent qu’il allait s’effondrer sur lui-même. Pour calmer ces tremblements, toutes les sœurs durent prier ensemble.

Autre fait curieux : un jour l’évêque de Chalon-sur-Saône, avait demandé à voir Denise Lamy, une jeune sœur particulièrement touchée, dans l’église afin de l’exorciser. On la chercha partout, sans la trouver. Alors, intérieurement, l’évêque commanda à Denise Lamy de le retrouver dans l’église. Et quelques minutes plus tard, elle fit son apparition dans l’église. La jeune fille était en pleine crise, elle hurlait, blasphémait, son corps se tordait de partout, son visage figé dans un masque de haine. Elle était très agitée et pas moins de six hommes furent nécessaires pour la maintenir.

On constata des preuves de possessions démoniaques sur les religieuses, comme le fait que leurs corps s’agitaient contre leur volonté, sans qu’elles puissent faire cesser les tremblements, et cela sous les yeux de nombreux témoins. Elles firent aussi preuve d’une grande force physique. Elles prenaient aussi des positions qui défiaient les lois de la physique et restaient ainsi prostrées pendant des heures entières, sans que l’on puisse les faire bouger.

Parfois les sœurs voyaient d’horribles spectres et criaient d’épouvante. Parfois aussi, les traits de leurs visages changeaient, devenaient méconnaissables, leurs yeux se révulsaient et revenaient à leur place sous le commandement de l’exorciste.

Certaines sœurs se sont mises à ramper à même le sol, comme des serpents, sans aucun secours des pieds ou des mains, comme si elles glissaient sur le sol.

Parmi toutes les marques de possession qui sont parues sur ces filles, une des plus surprenantes est leur capacité à connaître des choses cachées, à dévoiler des secrets sur l’univers et les démons. Elles faisaient aussi preuve de télépathie.

Alors bien sûr, ces évènements contredisent la thèse de Bénigne Leroux et nous font dire qu’il s’est bien passé quelque chose de surnaturel au sein du couvent d’Auxonne. D’ailleurs, certains avis et conclusions concernant cette affaire ont été passés sous silence, comme ce certificat du docteur Morel qui a suivi les sœurs dès le début des exorcismes et qui a affirmé que jamais il n’avait vu chose pareille. Que ce qu’il se passait ici n’était pas naturel, qu’un corps humain ne peut se contorsionner à ce point sans se casser les os, que cela était impossible à réaliser.

 

 

Alors que s’est-il passé dans ce couvent ? A-t-on voulu faire taire l’affaire pour ne pas épouvanter le peuple, déjà usé par l’affaire des possédées de Loudun ? A-t-on voulu faire croire à une histoire de vengeance, à une mascarade organisée par des jeunes filles ? Nous ne le saurons jamais, mais il est vrai que l’étude des documents relatant les faits nous laisse perplexes et nous fait davantage pencher sur la thèse de la possession démoniaque.

 

Marie d’Ange

 

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