Les possédées d’Aix-en-Provence

L’affaire des possédées d’Aix-en-Provence est la première affaire d’hystérie collective et de possession en masse en France. Cette histoire se passe au début du 17e siècle et les acteurs principaux de cette sombre affaire sont le père Louis Gaufridi moine bénédictin et curé des Accoules (vieux quartier de Marseille), accusé de sorcellerie et brûlé vif et les sœurs Madeleine de Demandolx de la Palud et Louise Capeau, déclarées possédées par les démons.

 

 

Un peu d’histoire

Nous sommes au début 1600, époque où l’on croyait beaucoup au diable et où l’on faisait la chasse aux sorcières. Au 17e siècle, de nombreux sorciers et sorcières furent brûlés sur un bûcher accusés d’avoir pactisé avec le diable.

À cette époque qualifiée de moderne avec la naissance de la science moderne grâce à Galilée, la religion catholique gouvernait encore la France et la peur du diable était tenace. En effet, il suffisait qu’une personne ait une crise d’épilepsie pour être considérée comme possédée. Les exorcismes pratiqués sur de pauvres gens souffrant de névrose ou de psychose étaient nombreux. Une femme un peu trop frivole était forcément une sorcière donc condamnée à mort sur le bûcher. Un homme ayant fait fortune trop rapidement avait forcément pactisé avec le diable. C’était l’époque où des messes sataniques étaient données lors du sabbat. Une époque obscure où tout était ramené au diable et où la superstition était omniprésente.

C’est dans ce contexte un peu trouble que le père Louis Gaufridi, prêtre à Aix-en-Provence, fut accusé de sorcellerie et d’avoir causé la possession des religieuses Ursulines d’Aix. Il fut brûlé vif le 30 avril 1611 par des Prêcheurs d’Aix-en-Provence et les sœurs subirent de nombreux exorcismes. La principale victime du père Gaufridi était Madeleine de Demandolx de la Palud, une jeune religieuse de 17 ans. Voici leur histoire.

 

Les débuts

Louis-Jean-Baptiste Gaufridi était le fils d’un berger, né en 1571 à Beauvezer, une commune française des Alpes-de-Haute-Provence. Son oncle, Cristol Gaufridi, alors curé de Pourrières (commune française située dans le département du Var), le fit entrer dans les ordres où il apprit à lire, à écrire, le latin, les rituels religieux… À 18 ans, il partit à Arles pour poursuivre ses études.

En 1595, il se fixa à Marseille où il devint curé du quartier des Accoules. Il était un prêtre qui aimait la bonne chère, les plaisirs de la vie, et surtout, il était apprécié de la population. Les Demandolx de la Palud, une famille bourgeoise originaire de Beauvezer, en avaient fait leur ami. Et c’est ainsi qu’il devint le directeur spirituel de la madame Demandolx de la Palud et de ses trois filles. Il était chargé de faire leur éducation religieuse.

Il s’enticha de la plus jeune des filles, Madeleine, qu’il avait vue naître, à qui il avait fait la première communion… Il la fit placer chez les sœurs Ursulines et la suivit tout au long de son apprentissage. Elle rejoignait le père Gaufridi dans son appartement quasiment tous les soirs sous prétexte de discuter sur Dieu et la croyance. Mais en réalité, ils discutaient de choses érotiques. Madeleine, âgée de 17 ans, était devenue maîtresse de son directeur spirituel.

Au cours de l’année 1609, Madeleine de Damandolx de la Palud, très jeune, très émotive et surtout très instable fit une dépression et fut renvoyée chez elle. C’est pendant cette période que les premiers signes d’une possession démoniaque apparurent. Le père Gaufridi continua à voir la jeune fille chez elle et à en croire l’histoire, à coucher avec elle.

 

Un mal qui se propage

La mère supérieure des Ursulines de Marseille, Catherine de Gaumer, commença à avoir des soupçons concernant le curé d’Accoules. Elle prévint la mère de Madeleine qui ordonna au prêtre de ne plus approcher la jeune fille. Madeleine fut enfermée au couvent sous la surveillance de la mère supérieure. C’est à ce moment que la pauvre jeune fille révéla la vérité sur ses relations avec le père Louis Gaufridi, ses attouchements et les actes sexuels qu’elle avait subis. Elle fut envoyée au couvent d’Aix-en-Provence pour la protéger.

Mais, à Aix, le mal de Madeleine s’aggrava et se propagea aux autres sœurs. La jeune fille avait des visions, faisait des crises de catatonie et se contorsionnait douloureusement lors des offices. Pour l’aider, les religieuses voulurent en savoir les causes. La jeune femme avoua que le père Gaufridi lui avait pris sa virginité et l’avait donnée au diable. Madeleine, après un accès de rage d’une rare violence où elle détruisit un crucifix, fut reconnue possédée. C’est le père Bormillon, supérieur des prêtres de la Doctrine Chrétienne qui l’exorcisa, sans réussir à chasser les démons. Durant les exorcismes, Madeleine avoua que c’était un prêtre, adorateur du diable, qui avait copulé avec elle, qui lui avait donné les démons.

Au couvent, huit autres religieuses furent déclarées possédées par le diable, dont Louise Capeau. Ses crises de possession furent plus terribles et violentes que celles de Madeleine. Lors des crises, son corps se tordait dans tous les sens et plusieurs voix bestiales sortaient de sa bouche.

Devant de tels faits, Madeleine et Louise furent conduites à Sainte-Baume à la grotte de Marie-Madeleine sans résultats. Sébastien Michaélis, grand inquisiteur de Saint-Maximin, prit l’affaire en main. Il fut aidé par Domptius, inquisiteur et exorciste flamand ainsi que par Billet. Ils découvrirent que les deux jeunes filles étaient victimes d’une possession multiple : Belzébuth, Léviathan, Baal, Asmodée, Astaroth et plus de 600 autres démons étaient dans le corps de la pauvre Madeleine. Autant dire que cela était énorme, trop pour être vrai même. En tout, les prêtres comptèrent 666 démons. Louise, quant à elle, n’était possédée que par trois démons mineurs du nom de Verrine, Sonneillon et Grésille. Les efforts des trois prêtres ont été vains pour exorciser les sœurs.  


 

Des aveux macabres

Face à ce carnage et à l’impuissance des Inquisiteurs, le père Louis Gaufridi fut convoqué et accusé de sorcellerie. Mais, la fouille de son appartement ne retrouva rien de compromettant, pas d’autel satanique, pas de manuscrit de sorciers… Il fut alors relâché. Comme son nom avait été taché, Gaufridi demanda réparation et fut traduit devant un tribunal d’Aix-en-Provence en 1611.

On fit venir Madeleine et Louise devant le juge. Les deux jeunes filles accusèrent le prêtre d’adorateur du diable et cannibalisme (il aurait mangé plusieurs fois de la viande humaine lors des sabbats). Madeleine déclara avoir subi des attaques sexuelles du prêtre depuis l’âge de 17 ans. Après ces témoignages, le juge reconnut leur état de possession. En effet, à deux reprises et devant la cour, Madeleine avait tenté de se suicider et la marque du Diable fut retrouvée sur son corps. Elle criait des obscénités, vociférait, se contorsionnait, et même lévita. Louise se mit à parler d’une voix d’outre-tombe et les spectateurs reconnurent Verine (qui est un démon très bavard) qui identifia clairement le père Louis Gaufridi comme la cause de tout. La jeune fille se mit à parler latin, alors qu’elle n’était pas cultivée et qu’elle n’avait jamais appris cette langue. Verine, par sa bouche, se mit à disserter sur le christianisme.  Quant au prêtre, il fut défroqué.

Madeleine de Damandolx de la Palud fut conduite à la Cathédrale Saint-Sauveur où on l’enferma au sous-sol. Là, les inquisiteurs recherchèrent des marques diaboliques sur son corps. Elle passa deux nuits enfermée au milieu d’ossements. Ensuite, Antoine Mérindol, un docteur en médecine, examina la religieuse et déclara qu’elle était possédée. On lui fit subir d’innombrables tortures. Le 26 février 1611, les inquisiteurs, inquiets, firent venir un chirurgien et deux médecins. En effet, le crâne de la malheureuse remuait. Sa peau en dessous de son crâne remuait comme si elle était parcourue par des insectes. Puis, Madeleine se mit à faire des mouvements provocants. Des marques diaboliques furent retrouvées sur son corps et à ces endroits la peau était insensible.

On fit venir le père Louis Gaufridi pour une confrontation. La jeune femme l’accusa de sorcellerie et de l’avoir violée et conduite au sabbat. Bien sûr, l’ancien curé nia tout en bloc. On rechercha, alors, les marques du diable sur son corps et trois marques furent repérées.

Le père Gaufridi fut torturé et fit un séjour en prison. Il avoua, épuisé, avoir signé un pacte avec son propre sang avec le diable. Sous la torture, il avoua, aussi, avoir célébré plusieurs messes noires afin de prendre le pouvoir sur les sœurs. Le prêtre fut condamné à mort. En avril 1611, il fut traîné à travers les rues d’Aix-en-Provence pendant cinq heures avant d’arriver sur son lieu d’exécution. Là, il supplia d’être étranglé avant d’être brûlé. On accéda à sa demande.

Immédiatement après la mort de Gaufridi, Marguerite de Burlefut, une autre ursuline possédée, fut libérée des démons. Le jour suivant, d’autres sœurs — ursulines furent délivrées. Chez Louise Capeau, Sonneillon et Grisille quittèrent son corps. Seul resta Verrine. Madeleine perdit la vue et l’ouïe et refusa de s’alimenter. Mais le jour de la Pentecôte, presque tous les démons la quittèrent et elle se rétablit. Seul resta Belzébuth.

 

Une fin pas heureuse

Madeleine fut exilée et vécut en recluse. En 1642, soit 30 ans plus tard, elle fut accusée de sorcellerie et fut emprisonnée. Mais faute de preuves, elle fut relâchée et mise à la garde d’un parent.

Louise Capeau sombra dans la dépression et la folie. Elle fut attachée à un lit et mourut de faim.

Mais, la folie des sœurs d’ursulines d’Aix-en-Provence fut contagieuse. En effet, plusieurs nonnes des couvents situés en Provence se dirent possédées. On en fit brûler certaines d’entre elles pour faire cesser le phénomène.

 

Cette terrible affaire des possédées d’Aix-en-Provence a fait beaucoup de vagues. Vingt ans plus tard, une autre histoire aussi sordide aura lieu à Loudun (je la raconterai dans un prochain billet). Ces deux histoires nous prouvent que, quelle que soit l’époque, les démons ont toujours existés et ont fait parler d’eux. Sauf qu’aujourd’hui, ils se manifestent plus subtilement. Des cas de possession démoniaque ont été recensés à travers les siècles. Et aujourd’hui encore, cela existe, des personnes sont possédées. Ces cas sont rares. Le plus souvent, elles souffrent des assauts du démon et on les remet à la psychiatrie qui ne peut les soulager.

 

Marie d’Ange

Pour aller plus loin

 

Sources : mtholoke.ed, demonology.enacademic.com

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