Le vampire du cimetière de Highgate

Le cimetière de Highgate est un lieu réputé pour ses phénomènes de hantise et plus particulièrement pour son vampire qui rôderait entre les allées de tombes à la recherche de sang frais. L’histoire de ce cimetière est particulière et a fait couler beaucoup d’encre. Mais dans des affaires comme celle-ci, on peut se poser la question si les évènements paranormaux constatés ne sont pas simplement liés à une hystérie collective. Un tour d’horizon s’impose pour y voir un peu plus clair.

 

 

Le cimetière de Highgate

 

La tombe de Karl Marx

 

Le cimetière de Highgate est situé dans un quartier de Londres. Ouvert en 1839, il accueille les tombes de nombreuses célébrités, comme celles de Karl Marx ou Michael Faraday pour ne citer qu’eux. C’est un peu le cimetière du Père-Lachaise en France.

C’est un cimetière très visité et admiré qui s’étend à perte de vue sur la colline d’Hampstead Hill, au nord de Londres et où les pierres tombales et autres monuments funéraires au style gothique et victorien rivalisent de beauté et d’originalité. Ce lieu est unique en son genre. À l’intérieur, l’ambiance est particulière, pesante, avec de nombreuses allées d’arbres, des tombes à l’abandon. Ici, la nature a repris ces droits, la végétation est omniprésente et avec elle, les évènements paranormaux se sont multipliés. Les sépultures gothiques et victoriennes nous entraînent au XIXe siècle, époque où le mythe du vampire faisait rage.

Le cimetière fait 37 hectares sur lesquels reposent (plus ou moins en paix !) 170 000 âmes. Dès les premiers pas à l’intérieur du cimetière, un sentiment d’abandon manifeste nous saute à la gorge. Des caveaux cassés, des cercueils posés à même le sol, des croix par terre, des pierres tombales renversées… comme si personne ne gardait ou ne s’occupait de cet immense cimetière, comme si personne ne venait garnir les tombes de leurs chers disparus. Les lierres, les herbes sauvages… envahissent parfois totalement les tombes. Et cela est pire dans le labyrinthe géant de l’avenue réservée aux excommuniés, aux parricides et aux assassins. C’est véritablement oppressant, comme si les âmes criaient leur révolte autour de soi.

Ce cimetière londonien accueille depuis plus d’un siècle de nombreux « chasseurs de vampires ». Essayons de comprendre pourquoi.

 

Le commencement avec l’histoire d’Elizabeth Siddal

 

Elizabeth Siddal

 

Ce fut avec l’histoire d’Elizabeth Siddal que la légende du cimetière de Hightate prit forme.

De son vivant, Elizabeth Siddal a été la femme et la muse du célèbre peintre et poète Dante Gabriel Rossetti. Cette dame s’est donné la mort en 1862 par une overdose de laudanum. Elle fut enterrée dans la partie ouest du cimetière, pour le plus grand désespoir du peintre qui ne se remit jamais de cette perte terrible. Lors de l’enterrement, Rossetti dépose un exemplaire unique d’un de ses recueils de poèmes pour que sa bien-aimée puisse l’emporter avec elle.


Ne supportant pas cette terrible perte, Rossetti sombre dans la drogue et l’alcool.

Bram Stoker, l’éditeur de Rossetti, le somme un jour d’aller récupérer le précieux carnet dans la tombe d’Elizabeth. D’abord réticent, Rossetti accepte. En octobre 1869, il obtient l’autorisation d’exhumer sa femme et se rend au cimetière la nuit, car il ne veut pas faire cela le jour, aux yeux des passants et des curieux.

Bien sûr, il est accompagné par quelques personnes pour réaliser cette sombre besogne. Et lorsque le cercueil s’ouvre, tous sont stupéfaits de découvrir le corps de la jeune femme intacte, n’ayant rien perdu de sa beauté, les joues roses, le corps bien conservé, comme si la mort n’avait pas eu d’impact sur elle. Même ses cheveux donnent l’impression d’avoir poussé.

Le carnet contenant les poésies est récupéré, le cercueil est remis rapidement en terre. Mais Rossetti se sent tellement coupable d’avoir profané la tombe de sa femme, qu’il tente de se suicider en 1872 en avalant une dose de laudanum comme l’avait fait Elizabeth Siddal.

Cette terrible histoire d’amour perdu et de cadavre non décomposé aurait inspiré Bram Stoker pour sa nouvelle ho combien célèbre de « Dracula », nouvelle qui raconte l’histoire de Lucy Westenra inhumée dans un cimetière du nom de Kingstead Cemetery et revenant sous forme de vampire terroriser les vivants.

Depuis cette histoire, de nombreuses apparitions fantomatiques ou vampiriques furent signalées par de nombreux promeneurs nocturnes ou pas. Et c’est ainsi que la légende du vampire d’Highgate est née.

 

Le vampire d’Highgate

 

David Farrant

 

Le premier à parler d’un vampire qui hanterait le cimetière londonien fut David Farrant, un adepte d’ésotérisme un peu fou. Ce dernier avait l’habitude de se rendre au cimetière accompagné de férus d’occultisme et cela depuis la fin des années 1960 (d’ailleurs, le cimetière est souvent victime de vandalisme).

En février 1970, il écrivit une lettre dans le journal Hampstead & Highgate qui allait faire la légende du cimetière. Dans cette lettre, il raconte comment il a vu un personnage surnaturel errer dans le cimetière la nuit du 24 décembre 1969, expliquant que cette nuit-là, il avait rencontré une « entité grise ». Voici un extrait de ce qui est écrit dans cette lettre :

 « Dans un premier temps, je n’ai pas compris que cette apparition était surnaturelle. Elle semblait vêtue d’un long manteau et j’ai aperçu deux points lumineux que j’ai pris pour des yeux. J’ai tout d’abord pensé que c’était des reflets de torches cachées ou quelque chose du même genre. Je me suis dit qu’une personne avait entendu les histoires locales qui parlaient de vampires et qu’elle s’était déguisée ainsi afin d’effrayer les passants. Mais, en quelques secondes, mon impression a changé. La zone autour de moi s’est brusquement glacée, elle est devenue aussi froide qu’un réfrigérateur et la chose a alors essayé de m’hypnotiser. Autrement dit, je me suis rapidement senti vidé de mon énergie et j’ai glissé dans un sommeil forcé.

J’ai alors réalisé que la créature n’était pas humaine. Mentalement, j’ai récité une incantation cabalistique (qui m’avait été enseignée lors de mon initiation au Wicca et au spiritisme) et l’entité a rapidement disparu alors que la température redevenait normale. Je suis convaincu que la silhouette n’était pas humaine, mais je ne suis que le témoin de ce que d’autres personnes ont déjà vu avant moi. Non, je ne peux pas vous apporter de preuve matérielle. Je peux juste vous dire que ça n’était pas un effet de mon imagination et que je n’étais pas sous médication, comme les deux écolières qui avaient affirmé voir des corps sortir de leurs tombes en 1967 ».

Dans le même temps, David Farrant lança un appel à témoin pour savoir si d’autres personnes avaient vécu des expériences similaires dans ce cimetière et les réponses reçues furent surprenantes. De nombreux témoignages arrivèrent au journal : tous racontaient avoir vu dans ce cimetière des fantômes, des spectres, une dame blanche, des apparitions de visages et même un fantôme sur un vélo.

Voici quelques témoignages à glacer le sang :

  • Audrey Connely dit avoir aperçu dans le cimetière, alors qu’elle était avec son fiancé, une forme étrange qui semblait glisser à travers le sentier.
  • Daniel Osburne dit avoir vu une forme qui se dirigeait vers lui alors qu’il rentrait chez lui. Il est parti en courant et n’a pas cherché son reste.
  • Mackennar dit avoir vécu une expérience des plus surréalistes. Alors qu’il passait près du cimetière, il a vu une silhouette lui faire signe. Il s’est approché. La silhouette est descendue dans l’eau et l’invitait à le rejoindre. J.Mackennar savait que ce qu’il regardait n’était pas humain. La créature a poussé un cri terrible et a disparu dans l’eau.
  • R Docherty dit être persuadé qu’il y a un fantôme qui rôde dans le cimetière. Il l’a vu à plusieurs reprises arpentant les allées, portant un chapeau et disparaissant dans un mur du cimetière.

 

La légende prend forme

 

Après cette histoire, des chasseurs de vampires amateurs envahissent les lieux, dont Sean Manchester qui va contribuer à ce que cette légende prenne de l’ampleur. Cet ésotérique vivant aussi à Highgate écrit une lettre dans le même journal que son confrère David Farrant. Dans cette lettre, il explique qu’un groupe d’occultistes aurait réveillé le « Vampire, Roi des Mort-Vivants », un puissant seigneur médiéval qui pratiquait de son vivant la magie noire dans son pays natal, la Roumanie. Sean Manchester aurait retrouvé la légende de ce personnage noir et particulier et cette légende affirme que le cercueil de ce vampire aurait été transporté de Roumanie et entreposé dans une chapelle du cimetière d’Highgate au début du 18e siècle.

Ce vampire est maintenant réveillé par quelques funestes parties de magie noire et est dangereux. Pour Sean Manchester, il est primordial de le traquer, de le découper en morceaux et de le brûler. Mais, comme il ne veut pas s’attirer des problèmes avec la loi, il se contente de poser un crucifix sur le cercueil et de disperser de l’ail autour espérant ainsi empêcher le vampire de se lever. Il cimente aussi l’entrée du tombeau.

Cependant, bien plus tard, Sean Manchester avouera que l’histoire du vampire provenant de Roumanie n’est que pure invention. Mais, trop tard… la légende est en route générant une psychose collective. Les phénomènes surnaturels s’accentuent et les témoignages affluent au journal.

Ces rumeurs autour du phénomène de vampirisme sur le cimetière ne sont pas sans conséquence. Par exemple, il y a eu l’histoire de ces deux jeunes filles qui rentraient chez elles et qui se sont lancé un défi en voulant traverser le cimetière. Elles se sont crues poursuivies par une ombre noire et l’une d’elles en fut tellement terrifiée qu’elle devint somnambule et que dans ces crises, elle se sentait attirée par le cimetière.

 

Psychose ou phénomène de hantise

 

 

En mars 1971, l’affaire du cimetière s’intensifie par la découverte de cadavres de renards vidés de leur sang. Alors, une chasse aux vampires est organisée et voilà qu’une foule munie de lampes torches, de gousses d’ail, de crucifix et de pieux de bois se rassemble au cimetière. Tous crient vengeance et réclament la mort du vampire. Mais, malgré une nuit complète de recherche, il n’y a pas l’ombre d’un vampire. Certains pensent qu’il ne s’est pas montré, car il a eu peur de la foule… la bonne blague…

Restons sérieux. Ce qui résulta de cette chasse au vampire, c’est que la population de braillards et d’assoiffés de vampire a causé de nombreux dégâts dans le cimetière. Des tombes ont été taguées, du plomb a été volé des cercueils et les restes d’une femme ont été exhumés.

Après cette fâcheuse histoire, on décida d’étouffer l’affaire du vampire et tout le monde cessa d’en parler. Tout le monde, sauf David Farrant qui fut appréhendé alors qu’il escaladait un mur du cimetière avec une croix et pieu. Lors de son procès, il déclara vouloir détruire le vampire, car il est mauvais.

Quelque temps plus tard, une jeune fille affirma avoir été attaquée par un vampire alors qu’elle se trouvait à proximité du cimetière. Elle rentrait chez elle, quand soudain une silhouette noire au visage cadavérique, lui a sauté dessus. Le vampire s’est sauvé lorsqu’il a aperçu les phares d’une voiture qui approchait. La jeune femme, en état de choc, fut conduite au commissariat.

En réponse à ce témoignage, une enquête fut menée, sans succès. Les agents de police ne savaient pas qui ni quoi chercher : un psychopathe persuadé d’être un vampire, un homme se faisant passer pour un vampire dans le but de relancer la légende, un simple voleur ou un véritable vampire ? D’autant plus que personne ne pût expliquer comme un homme avait pu disparaître aussi rapidement alors que la route était bordée par des murs de 3,50 m de haut.

L’affaire se tassa et l’on n’entendit plus parler du vampire pendant quelque temps.


Une étrange découverte

 

Ce n’est qu’en 1974 que l’affaire du vampire de Highgate refait surface. En effet, Sean Manchester, notre enquêteur du paranormal, découvre dans une demeure de style gothique réputée hantée le cercueil qu’il avait muré dans le cimetière quatre ans plus tôt. Il ouvre alors le couvercle et plante un pieu en bois dans le cadavre avant d’y mettre le feu.

On ne saura jamais comment ce cercueil contenant un cadavre a pu se retrouver dans cette maison réputée hantée ni qui l’a déposé.

Sean Manchester ne voulut plus reparler de cette histoire et il fut fait ainsi.

Pas tout à fait en fait, car le cimetière est devenu, depuis, un lieu de cérémonies clandestines de magie noire. La nuit, on peut y voir des adeptes du Diable invoquer leur Maître, profaner les tombeaux, arracher les cadavres de leurs cercueils, s’adonnant à la luxure…

L’écrivain Fred Vargas s’inspire de cette légende anecdotique dans son roman « un lieu incertain ».

 

 

Pour conclure, on pourrait dire que la légende du vampire du cimetière d’Higthgate après la publication d’un reportage journalistique farfelu et mensongé et que cette histoire constitue un bel exemple de légende urbaine moderne. Aujourd’hui encore, beaucoup de personnes visitent le cimetière non pas pour se consoler sur la tombe d’un proche ou pour visiter les monuments, mais bien dans l’espoir d’y croiser un fantôme ou le fameux vampire de la légende.

Marie d’Ange

 

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1 commentaire sur “Le vampire du cimetière de Highgate

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