Procès pour lycanthropie

Le loup-garou en tant que créature merveilleuse posa des problèmes depuis l’antiquité grecque. Qu’en faire pour s’en protéger ? Comment les combattre ? Même si certains penseurs n’y croyaient pas, comme Pline l’Ancien ou le médecin grec Arétée, le statut des loups-garous était incompatible avec l’enseignement de l’Église catholique. En effet, ces créatures étaient considérées comme nuisibles et diaboliques. N’oublions pas que l’on pensait que pour devenir un loup-garou, un pacte avec un démon devait être passé. Il fallait donc s’en débarrasser, comme il fallait se débarrasser des sorciers et des sorcières. Il y eut donc une multitude de procès et de mises à mort. Dans ce billet, je vous propose de vous faire découvrir quelques-uns de ces procès qui ont défrayé la chronique à l’époque médiévale.

 

 

La persécution des loups-garous

 

La démonomanie de sorciers, traité de Jean Bodin.

 

À l’époque médiévale, le loup-garou devait être chassé, tout comme les sorcières et les sorciers.

Le loup-garou était considéré comme un être maléfique, un damné.

Au Moyen-Âge, l’idée était que seul Dieu pouvait réaliser des miracles et créer des êtres, donner la vie. Donc, le Diable était une illusion de Dieu et les démons avaient le pouvoir de réaliser de faux miracles et de faire paraître des choses inexistantes. Mais tout cela n’était qu’illusion. Par conséquent, la métamorphose en loup est décrite comme une illusion perçue par les sens. Il n’en reste pas acquis que l’homme qui peut ainsi donner l’illusion de se transformer en loup a eu ce pouvoir d’un démon, donc est un démoniaque qu’il faut à tout prix combattre.

Aux XVIe et XVIIe siècles, les sceptiques étaient considérés comme des amis des sorciers et risquaient le bûcher. Et considérer le loup-garou comme étant un homme malade, un homme qui avait besoin d’aide, pouvait nous faire aller sur le bûcher. Pourtant quelques-uns s’y sont risqués.

Jean Wier, par exemple, dans son « Praestigiis daemonum », œuvre parue en 1564, a eu l’audace de remettre la lycanthropie en doute.

Malgré les interrogations de quelques penseurs, médecins ou théologiens de l’époque, la norme voulait que les loups-garous soient coupables d’avoir pactisé avec le diable. Cette idée demeura jusqu’au début du XVIIIe siècle. Mais entre temps, tous les hommes suspectés d’être des lycanthropes furent châtiés sévèrement et les procès furent nombreux. Tous ces procès ont été consignés par écrit.

L’ouvrage « Malleus Maleficarum », publié en 1489, constitue un véritable manuel pour la chasse aux loups-garous et aux sorcières.

Le juriste Jean Bodin publia en 1580 le manuscrit intitulé « La démonomanie des sorciers, traité ou la sorcellerie et réquisitoire contre les sorciers ». Cet ouvrage avait pour objectif de châtier tous les coupables de sorcelleries, dont les lycanthropes.

Et les lycanthropes étaient haïs et craints. On y croyait et on les chassait, les combattait.

D’après Henry Boguet, qui a jugé 9 cas de lycanthropie, les loups-garous étaient une manifestation directe de l’intervention du Diable et le loup-garou était considéré comme responsable de ses actes, car il avait pactisé avec le démon, ce qui était déjà en soi un acte impardonnable.

Collin de Plancy rapporte que plusieurs milliers de personnes soupçonnées de lycanthropie auraient péri victimes de la vindicte populaire et sans autre forme de procès.

D’après Jean Marigny, entre 1520 et le 1650, plus de 30 000 cas de lycanthropie ont été traités par la justice en Europe. Ce qui est énorme. En France, il y aurait eu plus de mille procédures. Autant dire qu’à l’époque, la justice avait beaucoup à faire.

Les populations rurales croyaient à l’existence des loups-garous et en avaient peur. Cette peur a mené aux pires carnages dès lors qu’un individu était suspecté d’être lycanthrope. Dans certains cas, il y avait des preuves, meurtre ou cannibalisme, dans d’autres ce n’étaient que des suppositions. Les suspects étaient systématiquement jugés coupables et brûlés vifs. Lorsqu’un villageois était soupçonné d’être un loup-garou, les voisins l’attrapaient et l’écorchaient vifs, car la légende voulait que les poils du loup se cachassent sous la peau, puis l’exécutaient par pendaison ou sur le bûcher. Autant vous dire qu’on ne rigolait pas à l’époque sur la lycanthropie.

Voilà pour vous mettre dans le contexte, pour vous faire apprécier la mentalité de l’époque. Passons aux procès.

 

 

 

Pierre Burgeot et Michel Verdun

 

Pendaison des loups-garous en Allemagne.

 

Nous sommes en 1521 à Besançon. Deux hommes sont accusés d’être des loups-garous par le prieur du couvent dominicain de Poligny, le dénommé Jean Bodin, le juriste, le même qui a publié un livre sur la façon de châtier quelqu’un qui a pactisé avec le Diable.

Ces deux paysans sont les premiers loups-garous exécutés. Le procès avait attiré une foule énorme.

Pierre Burgeot et Michel Verdun étaient accusés d’avoir mis en pièce un enfant de 7 ans, d’avoir immolé une femme et avoir dévoré une petite fille de 4 ans. Sous la torture, ils reconnaissent tous les faits reprochés et avouent même s’être livrés au cannibalisme. Ils avouent aussi avoir pactisé avec un démon.

Comme l’on s’en doute, les deux hommes seront déclarés coupables et brûlés vifs. Avec ce procès s’ouvre alors l’âge d’or du loup-garou et les procès se multiplient dans toute la France. Ils sont même tellement nombreux que les cours de justice encouragent la population à traquer les loups-garous et à se faire justice.

Pour rappeler ce que les hommes sont susceptibles de faire sous l’influence du démon, le portrait des deux hommes a été affiché dans l’église locale.

 

 

 

Le procès de Gilles Garnier

 

L’arrêté de la Cour durant le procès de Gilles Garnier.

 

Comme je l’ai dit plus haut, les personnes suspectées pour lycanthropie étaient si nombreuses, que la justice avait demandé aux populations de les traquer et de les tuer. Et parmi ces cours de justice, il y avait celle de Dole.

En automne 1573, la famine sévissait sur la région nord de Dole. En plus de la famine, les villageois étaient terrorisés par des crimes commis sur des enfants retrouvés déchiquetés et dévorés. Les soupçons se tournèrent sur Gilles Garnier, un marginal qui vivait avec sa femme en pleine forêt de la Serre.

Gilles Garnier était un ermite vivant à l’extérieur de la ville de Dole en Franche-Comté. C’était un tueur en série. En octobre 1572, sa première victime était une enfant de 10 ans qu’il avait traînée dans un vignoble en dehors de Dole. Là, il l’avait étranglée, lui avait enlevé ses vêtements et avait dévoré ses cuisses et ses bras. Il avait même pris un peu de chair pour l’offrir à sa femme.

Plus tard, le cannibale avait attaqué une autre fillette, mais n’avait pu aller jusqu’au bout de son ignominie, car avait été interrompu par des passants. Mais, la jeune fille avait succombé à ses blessures quelques jours plus tard.

En novembre 1572, Gilles Garnier avait tué un garçon de 10 ans. Comme pour sa première victime, il lui avait mangé les cuisses et le ventre et lui avait arraché une jambe pour la mettre de côté.

Les autorités de Franche-Comté avaient émis un édit pour le capturer et le tuer. Tout le village s’est alors mis en chasse.

Un soir, un groupe d’hommes trouvèrent l’ermite en train d’étrangler un enfant. Ce dernier dut abandonner sa proie pour prendre la fuite, mais il fut vite rattrapé.

Lors de son procès, Gilles Garnier se défendit en disant qu’il essayait simplement de trouver de la nourriture pour lui et sa femme, lorsqu’un fantôme lui avait offert une pommade lui permettant de se changer en loup, ce qui rendrait la chasse plus facile. Il avoua avoir traqué, assassiné et dévoré 4 enfants âgés de 9 à 12 ans.

Le 18 janvier 1574, Gilles Garnier fut reconnu coupable de lycanthropie et de sorcellerie et condamné au bûcher.

 

 

 

Les procès de la famille Gandillon

En 1584, Pierre Gandillon, son fils Georges, Pernette Gandillon et Antoinette Gandillon furent arrêtés et accusés d’avoir assassiné et dévoré de nombreux adolescents sous l’influence d’un onguent dont ils s’étaient enduit le corps.

Tout commença la même année, lorsqu’un adolescent de 16 ans, Benoît Bibel, qui vivait à Nezan, fut retrouvé agonisant dans les bois. Avant de mourir de ses blessures, il raconta que sa sœur avait été attaquée par un loup aux mains humaines. Il voulut la défendre, mais le loup tenait, dans sa main, un couteau et l’égorgea.

Une enquête fut menée et la piste arriva jusqu’à une femme, Pernette Gandillon. Tous furent convaincus que c’était elle le loup-garou et elle fut mise à mort sans procès.

Puis, on se souvint que le frère de Pernette, Pierre Gandillon, avait été vu le corps couvert d’écorchures quelques jours auparavant. On l’arrêta ainsi que son autre sœur Antoinette et son fils Georges.

Sous la torture, tous trois avouèrent être des loups-garous. Ils avouèrent se changer en loup grâce à un baume de sorciers et qu’ils avaient assisté à des sabbats. Ils furent condamnés au bûcher.

Le juge Henri Boguet, qui instaura l’affaire, vint les voir dans leur prison et avait rapporté que tous trois allaient et venaient à quatre pattes.

 

 

 

Le procès de Jacques Rollet

Jacques Rollet, surnommé « Le loup-garou de Caude », un simple d’esprit qui se prenait pour un loup, fut le premier lycanthrope à être interné. Il a été découvert à proximité d’un cadavre d’un jeune garçon de 15 ans, à demi nu, cheveux longs et mains couvertes de sang qui serraient encore des morceaux de chair.

Pendant son procès, il avait déclaré avoir tué et mangé des juges, des avocats, des notables en précisant que leur chair était dure et insipide.

La cour l’avait condamné à mort, mais il fut considéré comme mentalement déficient et fut interné dans un asile où il resta deux ans avant qu’on ne le tue.

D’autres procès eurent lieu en France et dans toute l’Europe. La liste est longue et les histoires à peu près semblables. Sachez simplement, chers lecteurs, qu’un édit publié en 1682 interdira toutes formes de tortures pour un homme soupçonné de lycanthropie. On préféra y voir, dans ses affaires, une déficience mentale plutôt qu’un acte du diable.


Un autre procès, celui de Thiess en Lituanie, changea encore la vision que l’on se faisait du loup-garou. Cela se passa en 1692. Thiess fut arrêté et témoigna que lui et d’autres loups-garous étaient des chiens de chasse de Dieu, envoyés contre les sorcières et les démons. Thiess affirma que les lycanthropes d’Allemagne et Russie participaient aussi à la bataille contre les serviteurs du diable.

Thiess fut condamné à dix coups de fouet pour idolâtrie et croyance superstitieuse.

 

 

 

Les affaires modernes

 

La Bête du Gevaudan dans l’imagerie populaire.

 

Les procès concernant les lycanthropes ne se sont pas arrêtés au Moyen-Âge, mais les médecins mirent un terme à la plupart des tortures et mises à mort des suspects. Toutefois, la population demeura longtemps effrayée et préféra se référer aux explications magiques.

De nombreux cas d’attaques d’animaux sur des troupeaux et parfois des hommes firent ressurgir la légende du loup-garou à l’époque moderne. Pour l’exemple, la Fox avait créé un numéro téléphonique spécial pour signaler la présence de lycanthropes. Ce qui prouve qu’encore aujourd’hui, on trouve des personnes qui se prennent pour des lycanthropes et des gens pour y croire.

Au fil de l’histoire, de nombreux cas ont glacé le sang des populations :

  • 1754, la bête du Gévaudan.
  • 1766, la bête de Sarlat
  • 1887, on abattit un coyote par une balle en or.
  • 1899, un homme passait pour être un loup-garou et fut connu sous le nom de Woolfman-s grob.
  • Avant la Première Guerre mondiale, trois loups-garous ont hanté les Ardennes belges.
  • 1925, un jeune Alsacien fut accusé d’être un loup-garou.
  • 1930, Bourg-la-Reine, un quartier parisien, fut terrorisé par ce qui semblait être un loup-garou.
  • 1946, une bête ressemblant à un loup-garou terrorisa la réserve Navajo en Amérique du Nord.
  • 1949, la police de Rome dû enquêter sur un étrange cas de lycanthropie : tous les mois, à la pleine lune, un homme était en proie à des hallucinations et poussait des hurlements sinistres.
  • 1957, des loups-garous se sont attaqués à des pensionnaires d’un foyer d’infirmières à Singapour.
  • 1975, les journaux anglais rapportèrent la tragique histoire d’un jeune homme de 17 ans, qui se croyait être sur le point de se transformer en loup-garou et qui souffrait énormément. Pour mettre un terme à ses souffrances, il se poignarda en plein cœur.
  • 1975 — 1976, la bête des Vosges avait égorgé des animaux domestiques. On n’a jamais pu l’identifier. Cette bête réapparut en 1994 et égorgea 80 animaux.
  • 1978, Rosaria Do Sul, une collégienne de 16 ans habitant le sud du Brésil, fut en proie à des visions démoniaques et prétendait que l’esprit d’un loup féroce s’était emparé d’elle.
  • 1987, un homme, Bill Ramsey, est possédé par l’esprit d’un loup. En état de transe, il agresse plusieurs policiers. Les Warren viendront à son secours et l’exorciseront.
  • 1982, l’affaire de la bête de Noth, dans la Creuse, ne fut jamais élucidée.
  • 1988, près de Wittlich, en Allemagne, une créature semblable à un chien, passa les alarmes d’une base militaire, franchit le mur d’enceinte en se dressant sur ses pattes. Les chiens de la base militaire refusèrent de le prendre en chasse.
  • 2003, procès d’un homme poursuivi pour avoir massacré son épouse à coups de couteau. Sa défense : il avait vu sa femme se transformer en loup-garou.

 

 

 

La liste des cas étranges est longue. Ce qui nous fait poser la question de l’existence des loups-garous. Dans plusieurs affaires, on peut voir que les loups-garous sont des hommes possédés par un esprit maléfique. Dans d’autres, il s’agit peut-être de déficience mentale. Dans d’autres cas encore, les histoires sont tellement bizarres qu’elles ne peuvent qu’être surnaturelles. On ne le saura jamais.

 

 

Marie d’Ange

 

 

Pour aller plus loin


 

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1 commentaire sur “Procès pour lycanthropie

  1. […] en attrapait un, soit on le tuait, soit il avait le droit à un procès. Dans l’article « Les procès des lycanthropes à travers le temps », je décris quelques-uns de ces procès. On y retrouve, d’ailleurs, celui de Gilles Garnier. […]

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