Gilles Garnier, le loup-garou tueur en série

Dans le passé, on croyait que certains hommes avaient la capacité de se transformer en une bête féroce pour dévorer leurs congénères. Ces créatures, que l’on appelait des loups-garous, étaient dangereuses, nuisibles et diaboliques, puisque l’on pensait qu’elles avaient fait un pacte avec le Diable pour avoir ce pouvoir de se transformer en loup. Il fallait donc les combattre. Et lorsqu’on en attrapait un, soit on le tuait, soit il avait le droit à un procès. Dans l’article « Les procès des lycanthropes à travers le temps », je décris quelques-uns de ces procès. On y retrouve, d’ailleurs, celui de Gilles Garnier. Dans cet article, je vous propose de développer l’histoire de ce tueur en série qui a effrayé toute la population de Dole dans les années 1550.

 

 

Qui est Gilles Garnier

 

Gravure de l’époque représentant une attaque d’un loup-garou.

 

Gilles Garnier était un ermite cannibale et tueur en série français. Ermite pas tout à fait, car il vivait en reclus avec sa femme. Il était convaincu d’être un loup-garou et pouvoir se transformer, il tuait avec une grande violence tous ceux qui se retrouvaient sur son chemin alors qu’il était en crise.

Surnommé aussi Ermite de Saint-Bonnet et le Loup-garou de Dole, l’affaire de Gilles Garnier est l’un des rares cas de lycanthropie répertoriés dans les annales de la justice française.

Gilles Garnier vivait seul à la périphérie de Dole, en Franche-Comté. On ne sait pas grand-chose sur ce personnage, mis à part qu’il a assassiné plusieurs enfants et qu’il est mort le 18 janvier 1574 sur le bûcher.

 

 

 

Ses victimes

 

La traque des loups-garous.

 

Gilles Garnier démarra officiellement sa carrière de tueur en série en octobre 1572. Sa première victime fut une fillette de 10 ans qu’il entraîna dans un vignoble isolé en dehors de Dole. Là, il l’a étranglée, a enlevé ses vêtements et a mangé la chair de ses cuisses et de ses bras. Une fois rassasié, il apporta quelques bouts de chair à sa femme.

Peu de temps après cette attaque, notre loup-garou attaqua sauvagement une autre fillette. Mais il fut interrompu par des passants et dut laisser sa proie. Malheureusement, et à l’époque où se déroulent les faits, la fillette mourut quelques jours plus tard de ses blessures.

En novembre 1572, Gilles Garnier tua un garçon de 10 ans, il lui mangea les cuisses et le ventre et il arracha une jambe pour la mettre de côté.

Trois victimes en un mois ! C’en fut trop pour les autorités de Franche-Comté qui émirent un édit afin d’appréhender et tuer le loup-garou. Tous les habitants de Dole furent conviés à cette traque.

Un soir de novembre 1572, un groupe d’hommes d’un village voisin vit dans la pénombre ce qui ressemblait à un loup. Mais c’était en fait Gilles Garnier, qui occupé à attaquer un jeune garçon, dut abandonner sa proie pour prendre la fuite.

Les villageois le traquèrent et il fut arrêté peu de temps après cette dernière attaque.

 

 

 

Le procès

 

La première page de l’arrêt rendu par le parlement de Dole en 1574.

 

Bien sûr, Gilles Garnier eut le droit à un procès même si son sort était déjà scellé et qu’il savait qu’il allait mourir sur le bûcher.

Pour sa défense, le loup-garou de Dole affirma vouloir trouver de la nourriture pour lui et sa femme, lorsqu’un spectre lui offrit une pommade lui permettant de se changer en loup. Ce qui rendit la chasse plus aisée. Puis, il avoua avoir traqué, assassiné et mangé au moins quatre enfants âgés de 9 à 12 ans. Il ajouta que les enfants étaient des proies plus faciles à attraper.

Le 18 janvier 1574, Gilles Garnier est reconnu coupable de lycanthropie et de sorcellerie et condamné au bûcher le jour même.

En ce temps-là, en France, comme dans la majorité des pays chrétiens, les personnes suspectées de lycanthropie et de sorcellerie étaient traquées et tuées sans sommation. Quelques-uns eurent droit à un procès vite expédié et au bûcher. Et il semble évident que certaines de ces personnes étaient victimes de la rage, de porphyrie ou d’hypertrichose, ce qui en faisait des victimes toutes désignées. Mais, on n’est pas là pour parler de cela.

Le cas de Gilles Garnier est l’un des seuls cas de lycanthropie répertoriés dans les annales de la justice française et documentés. En d’autres termes, il s’agit d’une des seules fois où la justice française a condamné un homme pour lycanthropie et l’a écrit dans son jugement. D’où les traces qui nous restent et qui prouvent qu’à cette époque on croyait beaucoup aux malédictions, aux pactes avec les démons, à la sorcellerie, aux loups-garous…

Aujourd’hui, cela nous paraît absurde, et l’on penserait de suite à une maladie mentale. Mais, je reste persuadée que sous l’effet d’une possession démoniaque, un homme peut se transformer en une bête et tuer.

Les hivers, dans la région de Dole, étaient très froids et le gibier se faisait rare. Gilles Garnier était affamé. D’ailleurs, en 1573, la famine gagna toute la région de Franche-Comté. Et notre loup-garou, pour se nourrir, s’est attaqué à des enfants. Certes, son acte n’est pas pardonnable, mais ce peut être une explication à son comportement. La faim peut rendre fou. Il faut aussi dire que Gilles Garnier était un homme qui vivait en reclus de la société.

Le témoignage des villageois qui ont surpris Gilles Garnier en train d’attaquer une fillette est aussi très important et permet de jeter un voile de doute à cette histoire. Car ils sont unanimes : Gilles Garnier n’avait plus rien d’humain ! Il ressemblait à un énorme loup sanguinaire.

Lors de son arrestation quelque peu violente et de son interrogatoire quelque peu musclé — il subit d’innombrables tortures — Gilles Garnier, pour faire arrêter les supplices, avouera les meurtres. À noter aussi qu’il n’était représenté par aucun avocat. Il sera donc condamné au bûcher.

Pour les curieux, voici le lien pour lire l’arrêt rendu par le parlement de Dole, en 1574, en intégralité. Ça vaut le coup d’œil croyez moi.

 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k652824.r=Gilles+Garnier.langFR

Daniel d’Ange, alors doyen de l’église de Sens, qui instruisit le procès, commenta le rapport du procès. Voici ces termes : « Gilles Garnier, lycophile, comme il me plaît de l’appeler, menait une vie d’ermite jusqu’au jour où, ayant pris femme et n’ayant pas les moyens de nourrir une famille, il prit l’habitude ainsi qu’il arrive souvent à des êtres rudes, méfiants et désespérés, de parcourir les bois et les lieux sauvages. C’est là qu’il fit un jour la rencontre d’un fantôme à forme humaine qui lui dit pouvoir faire des miracles. Il prétendit qu’il pouvait lui enseigner l’art de se métamorphoser à son gré en loup, en lion ou en léopard, et le loup étant l’animal le plus commun dans ces contrées, Garnier choisit le loup. Il se déguisa en cet animal, en prit la forme au moyen d’un certain onguent, toutes choses qu’il a confessé avant sa mort, après avoir reconnu l’horreur de ses actions. »

Ce cas marqua tellement les esprits qu’un décret fut publié autorisant les habitants de la région à poursuivre les loups et à les tuer, ce qui était contraire à toutes les réglementations de chasse en vigueur à l’époque.

 

 

Ha folie humaine quand tu nous tiens ! Comme vous pouvez le constater, chers lecteurs, aujourd’hui encore la folie humaine existe. Elle n’a pas la même forme, mais c’est tout pareil. Aujourd’hui, on tue un homme parce qu’il n’a pas la même couleur de peau que nous ou la même religion. Aujourd’hui encore, on diabolise tout. Aujourd’hui encore, on préfère tuer plutôt que guérir !

 

 

Marie d’Ange

 

Pour aller plus loin

 

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