Le langage du Diable

Imaginons un seul instant que le Diable possède son propre langage sa propre définition des mots, qu’il s’exprime avec nos mots, mais que ces mots ne signifient pas la même chose pour lui. Imaginons que le Diable soit sarcastique, glacial et bourré d’humour noir, que sa vision de l’humain n’est pas celle que nous connaissons.

 

 

Pour ce billet, je me suis demandé si le Diable avait son propre langage. Dans la culture populaire, on s’imagine le Diable comme étant un être vil, méchant, menteur, destructeur, sans compassion… et si tout simplement, on se disait qu’il rit de nous, qu’il s’amuse de nous, qu’il joue avec ce que l’humain a mis en place, comme le langage.

De là, on pourrait imaginer que ce que nous nous appelons l’amour, la compassion, les médias…, le Diable en donne une autre signification plus mordante et plus tordante.

Je vous livre quelques définitions propres au Diable tirées du livre d’Ambroce Bierce « Le Dictionnaire du Diable ».

Abdomen : Temple du dieu Estomac, dans la vénération duquel, et non sans sacrifices, s’engagent tous les hommes dignes de ce nom. Pour les femmes, cette religion ancienne n’exige qu’un assentiment relatif. Elles officient parfois à l’autel sans conviction ni grande efficacité, mais elles ne connaissent pas cette vénération véritable pour l’unique divinité que les hommes adorent avec tant de sincérité. Si la femme avait la haute main sur les affaires du monde, l’espèce deviendrait vite graminivore.

J’adore cette définition pleine de finesse et de charme !

Abstinent : Personne faible qui cède à la tentation de se refuser un plaisir. Un abstinent total est quelqu’un qui s’abstient de tout sauf de l’abstinence, et notamment de toute intervention dans les affaires d’autrui.

Aujourd’hui, les abstinents se font rares. L’abstinent total est un être utopique qui demande à être connu.

Administration : En politique, ingénieuse abstraction conçue pour recevoir les claques et les coups de pied destinés au Premier ministre ou au Président. Homme de paille à l’épreuve des œufs pourris et des chats crevés.

Ha les joies de l’administration où une simple démarche prend des allures de combat ! Et puis, il est vrai que l’administration a bon dos, elle sert de réceptacle à tous ceux qui veulent se défouler.

Irréligion : La plus importante des grandes croyances du monde.

Voilà une religion qui mène à la folie : celle de ne pas en avoir, celle de ne croire en rien ! Dans l’irréligion, on arrête de rêver, on arrête de croire qu’il y a une vie après la mort. C’est la porte ouverte à la débâcle. Et surtout, plus d’espérance, plus de morale.

Intimité : Relation dans laquelle sont providentiellement entraînés des imbéciles pour se détruire mutuellement.

Bien dit ! Et pourtant, on a besoin d’intimité.

Paresse : Attitude de repos injustifié chez une personne de basse extraction.

La paresse, un des 7 péchés capitaux. De nos jours, le paresseux stagne, n’avance pas et se complaît dans sa déchéance.

Pardonner : Remettre une peine et rendre à une vie criminelle. Ajouter à la séduction du crime la tentation de l’ingratitude.

Pardonner c’est bien, mais il y a des choses que l’on ne peut pardonner, comme la pédophilie, le meurtre gratuit… Laissons à Dieu le soin de pardonner à ceux-là. Moi, je n’en ai pas la force.

Savoir : Genre d’ignorance qui distingue l’homme studieux.


J’ai rencontré beaucoup de personnes qui croyaient détenir le savoir. Ces personnes s’exprimaient dans une langue soutenue, mais n’étaient pourtant pas intelligentes. En fait, les personnes dont je vous parle sont souvent ignorantes. Elles ignorent que l’intelligence c’est avant tout comprendre et se faire comprendre des autres.

Félicitations : Politesse de la jalousie.

Ne vous est-il jamais arrivé de féliciter une personne, plus par complaisance, par obligation ou par politesse ? Dans notre monde, l’hypocrisie est un mal nécessaire. On félicite, car il faut le faire, même si l’on jalouse l’autre.

Fantôme : Signe extérieur visible d’une crainte intérieure.

La plupart du temps, après un bon film d’épouvante, il arrive que l’on ne dorme pas de la nuit. Dans ces moments là, comme par magie, notre maison regorge de bruits étranges. En fait, plus on a peur de quelque chose, plus on va se créer la peur.

Amour : Folie temporaire qui peut se guérir par le mariage ou en soustrayant le patient aux influences qui sont à l’origine de son affection. Cette maladie, comme les caries ou nombre d’autres infections, n’est répandue que parmi les races civilisées qui vivent dans des conditions artificielles ; les nations barbares qui respirent l’air pur et mangent une nourriture simple sont immunisées contre ses ravages. Elle peut s’avérer fatale, mais plus souvent chez le médecin que chez le malade.

J’adore cette définition. Comparer l’amour à une maladie, il fallait y penser. Et pourtant… L’amour est un mal du cœur, un mal de l’âme. Il rend euphorique, fait souffrir. Ce qui est vrai, c’est que l’amour est un mythe exploité par les poètes et le cinéma. De l’amour à la haine, il n’y a qu’un pas.

Bacchus : Divinité commode inventée par les anciens pour avoir un prétexte de s’enivrer.

Bacchus est un dieu romain correspondant à Dionysos dans la mythologie grecque, puis démonisé par les chrétiens. C’est le dieu de l’ivresse, du vin et des débordements sexuels. On comprend mieux comme il est facile de l’adorer et comme il a servi d’excuse à toute une population.

Passe-temps : Invention qui favorise le découragement. Noble exercice de la débilité intellectuelle.

On a tous un passe-temps. Dans notre monde moderne, le passe-temps sert à s’évader, à se recentrer, à faire une activité que l’on aime. Or, comme son nom l’indique, le passe-temps ne sert qu’à passer le temps. En d’autres termes, si l’on n’a rien à faire, si notre existence est vide, on va se chercher un passe-temps pour combler ce vide.

Passeport : Document traîtreusement imposé à un citoyen qui se rend hors de son pays, l’exposant en tant qu’étranger et le désignant tout spécialement à la réprobation et à l’outrage.

L’homme, le terrien, n’a rien trouvé de mieux que d’inventer les pays et les frontières. Chacun à sa place, chacun avec ses coutumes. Et le passeport sert à voyager, tout en nous rappelons que nous sommes étrangers.

Patience : Forme mineure du désespoir, déguisée en vertu.

De nos jours, être patient est une vertu. Mais, la patience est aussi synonyme de désespoir. À être trop patient, on finit par s’endormir.

Voilà chers lecteurs, c’est tout pour le moment. Méditez ces définitions. Cela ne changera pas le monde, mais peut-être cela fera réfléchir certains. Certains n’ont pas besoin d’une influence démoniaque pour faire le mal, ils y arrivent très bien seuls…

 

Marie d’Ange

 

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