Mythes et symboles du dragon

Le dragon est une créature mythique présente dans de nombreuses légendes. Cette créature au corps de lézard, dotée de griffes de lion et d’ailes d’aigle, capable de cracher du feu symbolise les quatre éléments de la tradition occidentale et inspire, le plus souvent, d’épouvantables cauchemars, même si aujourd’hui, les cinéastes ont travaillé à lisser cette image en faisant du dragon un animal de compagnie.

 

 

Quelques généralités

 

Extrait de démonologie de Jean Vaquier

 

Lorsque l’on pense au dragon, on voit une énorme bête couverte d’écailles crachant du feu, avec de gigantesques griffes de lion. Le dragon peut voler grâce à ses ailes d’aigle, peut cracher du feu, peut tout détruire sur son passage.

Le dragon offre des significations contradictoires et exprime le paradoxe qui existe au cœur de la lumière et des ténèbres, de la création et de la destruction, du masculin et du féminin. C’est pourquoi le dragon est une créature particulière qui a engendré de nombreux mythes.

Le dragon est la bête de l’apocalypse des chrétiens. Mais d’une manière générale, le dragon n’est ni bon ni mauvais. Il symbolise l’énergie primordiale, celle du chaos des origines.

Par exemple, dans le mythe mettant en scène le dieu babylonien Mardouk, Tiamat est représenté sous la forme d’un dragon-serpent. Mardouk doit le vaincre, car Tiamat représente le chaos primordial. Les armes de Mardouk sont le foudre, la massue et le filet.

Dans la mythologie égyptienne, le dragon est très présent. Le dieu solaire Rê des Égyptiens mène un combat quotidien contre le dragon des ténèbres Apophis. Le « Livre de l’Am Douat » (Livre du monde Inférieur) relate cette lutte permanente entre Rê et Apophis.

Selon un mythe hittite, Teshub, le dieu de l’Orage et son compagnon, peut-être son fils, attaquent le dragon Illuyanka et déversent sur lui des torrents de grêle.

D’après ces mythes, on voit bien que le dragon est une créature à combattre pour l’empêcher de nuire.

L’image biblique de la baleine rejetant Jonas peut se rapprocher de la symbolique du dragon, ce monstre qui avale et recrache sa proie après l’avoir brûlée et transfigurée. Cette image représente le héros englouti dans le dragon obscur, le héros englouti dans les ténèbres qui doit rechercher la lumière. Lorsque le héros gagne contre le monstre-dragon, il acquiert une éternelle jeunesse. C’est le symbole du voyage aux enfers accompli. Le héros revient de ce monde des morts, de ce monde des ténèbres, de cette prison à l’éternel châtiment vers la lumière.

Dans tous les textes hébraïques, le dragon représente le mal ou la mort. Et bien sûr, le christianisme héritera de cette symbolique où le dragon représente Satan lui-même et sa horde de démons sanguinaires, ainsi que la bête de l’apocalypse et l’Antichrist.

 

 

Les dragons dans l’occident

 

Gravure représentant le mythe de saint Georges.

 

En Occident, le dragon représente la nature primitive et sauvage de l’homme que la discipline du christianisme doit dominer. Le dragon personnifie la puissance de Satan et des enfers.

Dans le christianisme, Satan est serpent dans le jardin d’Éden, le Tentateur, celui qui a provoqué la chute de l’homme hors du paradis. Et il n’a fallu qu’un pas pour que le christianisme voie dans le dragon un symbole effrayant de la force de Satan, la bête du chaos, de la force destructrice aveugle, du Mal lié au monde de la matière. D’ailleurs, le Christ est parfois représenté foulant aux pieds des dragons. Dans cette image, les dragons représentent l’armée de Satan opposée à l’armée des anges. Et lorsque le Christ les foule du pied, cela signifie la victoire de la lumière divine sur les ténèbres, la victoire du Bien sur le Mal.

Une légende raconte que Marthe, la patronne de Tarascon, est venue aux Saintes-Maries-de-la-Mer pour débarrasser la région du monstrueux dragon qui y régnait. Marthe a neutralisé la créature en brandissant un crucifix et en l’aspergeant d’eau bénite, avant de la livrer à la foule qui la lapida.

Au Moyen-Âge, le dragon était assimilé à un gardien farouche, à un geôlier impitoyable des jeunes vierges enfermées dans les tours des donjons. Et par extension, le dragon a symbolisé le monde des émotions, le monde souterrain, insondable et impitoyable de l’inconscient. Le dragon symbolisait cette bête tapie à l’intérieur de nous, cette bête primitive qui, libérée, nous abaisserait au niveau d’un animal.

Dans la tradition grecque et romaine, le dragon connaît les secrets de la terre et peut les transmettre aux humains. D’ailleurs, un dragon était dessiné sur les étendards romains. Il symbolisait l’animal capable de dompter la nature.

Les guerriers celtes avaient choisi pour emblème héraldique un dragon pour envahir l’Angleterre. Ce dragon représentait la souveraineté. Il figurait sur les boucliers des tribus teutoniques qui envahirent l’Angleterre. Jusqu’au XVIe siècle, l’emblème du dragon était hissé sur les pavillons de guerre des rois d’Angleterre ainsi que sur les armoiries portées par le prince de Galles.

Une légende raconte une lutte entre un dragon rouge, l’emblème du Pays de Galles, et un dragon blanc qui symbolisait les Saxons envahisseurs. Au bout d’une bataille acharnée, les deux dragons, ivres d’hydromel, sont tombés raides morts. Ces dragons seraient enterrés au centre de l’île de Bretagne, à Oxford, dans un coffre en pierre et protégeraient l’île d’une éventuelle invasion. En effet, le dragon enfermé représente les forces cachées et contenues. Le dragon blanc symbolise les couleurs livides de la mort, tandis que le dragon rouge symbolise la colère et la violence. Les deux dragons sont enterrés ensemble pour fusionner leur destin. La colère est tombée, mais les deux dragons peuvent se réveiller. Ils demeurent comme une menace, une puissance éternelle qui peut se réveiller et lutter contre tout nouvel envahisseur.

Sachez que le mot « drakkars » des Scandinaves dérive du mot dragon. D’ailleurs, les Scandinaves ornaient la proue de leurs drakkars d’un dragon qui symbolisait la puissance guerrière.

Dans les contes serbes et russes, le dragon est « le Serpent flamboyant » qui sert de lien avec l’Autre Monde. En Russie préchrétienne, on croyait que les éclairs étaient des dragons et on les associait au dieu du tonnerre Perun.

Dans de nombreux récits slaves, le dragon est habituellement un ravisseur de femmes. Ces femmes sont souvent proches du héros ou de simples jeunes filles que le dragon se plaît à terroriser. Le dragon ravisseur transporte ces femmes dans l’Autre Monde. Dans d’autres récits, le dragon est le gardien du pont qui mène à l’Autre Monde. Dans les deux cas, le héros doit vaincre le dragon et délivrer la belle de son cœur.

Les chansons serbes et bosniaques anciennes parlent d’un dragon-loup de feu. Ces chansons décrivent un roi du XVe siècle, Vuk le Tyran, né avec une marque rouge en forme de sabre sur son épaule droite, couvert de poils sur tout le corps comme un loup-garou et crachant du feu comme un dragon. La légende raconte que lui seul pouvait terrasser le dragon qui menaçait les paysans. Peut-être parce qu’il était lui-même un peu dragon

En général, dans les traditions occidentales, le dragon symbolise le Mal, les tendances démoniaques ou le gardien sévère de jeunes filles vierges ou de trésors cachés. En Occident, un dragon gardait le trésor de la Toison d’or et du Jardin des Hespérides. En Chine, un dragon gardait le trésor de la Perle.

Tout le monde connaît la légende de Siegfried, dans laquelle un dragon féroce garde un trésor qui n’est autre que l’immortalité.

On peut dire que le dragon est ambivalent, tour à tour appartenant aux forces démoniaques ou à la nature en la préservant ou encore au monde des esprits, gardien féroce de la connaissance cachée, féroce adversaire, crachant du feu et sentant le souffre, comme le démon d’ailleurs.

 

 

Le dragon dans la culture orientale

 

Le dragon Lung

 

En Orient, le dragon est synonyme d’énergie positive. Il est comme la synthèse des caractères bénéfiques des éléments. Le dragon unit l’eau (par sa forme reptilienne et son corps couvert d’écailles), la terre (le dragon habite toujours une caverne) et l’air (le dragon peut voler grâce à ses ailes). Ainsi, il représente l’union de la matière et de l’esprit.

Le dragon est une créature à la fois aquatique, terrestre et céleste. Son symbole céleste est la puissance de vie, il est à l’origine de la création, du Ciel, la nuée qui se déploie au-dessus de nos têtes. Les dragons font aussi naître les sources. Il est surtout lié à la production de la pluie et du tonnerre. Il est le symbole de la pluie céleste fertilisant la terre.

C’est pourquoi en Chine, au Japon… on exécute des danses déguisées en dragons colorés dans le but d’obtenir la pluie. Donc, en Orient, le dragon est bon, son apparition est louée, il est le symbole de la germination. Sans lui, aucune culture ne peut pousser sur terre.

Dans l’astrologie chinoise, le dragon est ambivalent. D’un côté, il est le yang, avec le tonnerre annonçant l’arrivée du printemps et son activité céleste. D’un autre côté, il est le yin, car souverain des régions aquatiques. Son axe est centré sur la destinée. La tête du dragon indique le lieu où doit se construire le foyer de l’existence consciente, tandis que la queue permet de se débarrasser du passé, de ce karma néfaste qu’il faut triompher.

Les habitants de l’Inde appellent ce principe, le Agni ou le Prajapâti et le dragon produit le soma, un breuvage d’immortalité.

En Chine, le Tchouang-Tseu enseigne que la puissance du dragon est une chose mystérieuse qui est la résolution des contraires. Seuls les grands maîtres et les grands sages peuvent résoudre ces mystères. Le dragon chinois conduit à l’immortalité. D’ailleurs, les dragons volants sont les montures des Immortels. Toujours en Chine, le dragon accompagne les saisons, il est à l’origine du Ciel et de la pluie bienfaitrice. Son sang est de couleur noir et jaune, les couleurs du Ciel et de la Terre. Sa semence, déposée dans les entrailles de la Terre, est devenue jade.

Le dragon impérial chinois, le Lung, a cinq griffes. Ces griffes représentent les cinq éléments de la tradition extrême-orientale (eau, feu, bois, métal, terre). Ces griffes rappellent l’autorité de l’empereur sur la totalité du monde. D’ailleurs, le dragon était le symbole des empereurs. Une légende raconte que Yu le Grand (2205 – 2197 av. J.-C.), le fondateur mythique de la dynastie des Xia, aurait été un dragon ou un dragon l’aurait conseillé. C’est ainsi que l’on considérait tous les empereurs de sa descendance comme l’incarnation du dragon. Ce symbole ne s’applique pas qu’en Chine, puisque, plus près de chez nous, en Angleterre, le légendaire Roi Arthur était le fil d’Uter Pendragon, signifiant, littéralement, Uter à tête de dragon. Ainsi, le dragon symbolise les fonctions royales qui garantissent l’ordre et la prospérité.

Retournant en Orient, où le dragon sortant de la mer ou d’un fleuve symbolise la connaissance ou l’esprit créateur, alors qu’en Occident, on y voit le symbole du surgissement brutal des énergies maléfiques de l’inconscient.

 

 

Nous voyons ici que le dragon n’a pas le même symbole que l’on soit de culture occidentale ou orientale. En Orient, le dragon est bienfaiteur et loué, tandis qu’en Orient, il est le symbole des forces obscures, destructrices. Cette créature mythique n’en finira pas de faire couler de l’encre.

Marie d’Ange

Pour aller plus loin

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