Gloomy Sunday, la chanson du suicide

On le sait tous, la musique influence notre humeur et peut agir de manière très variée. Il y a des morceaux qui nous font penser à des moments joyeux, d’autres tristes. Certains airs nous rendent heureux ou mélancoliques. Mais la chanson dont je vais vous parler dans ce billet a le pouvoir, d’après les dires, à pousser au suicide, c’est-à-dire à nous faire entrer dans une profonde dépression. Explications.

 

 

Une musique mélancolique

 

Scress Reszo, l’auteur de Gloomy Sunday

 

Scientifiquement, il a été prouvé qu’écouter de la musique peut nous rendre heureux, triste, optimiste ou pessimisme. Il y a des airs qui nous rendent joyeux, qui nous donnent envie de bouger. D’autres qui nous plongent dans une certaine mélancolie. Il y a des airs que l’on préfère écouter lorsque l’on est joyeux, d’autres lorsque l’on est déprimé.

La musique peut nous aider à réduire le stress. Elle induit des changements physiologiques dans notre corps, dans notre cerveau.

La musique peut nous aider à nous sentir mieux… ou pas.

Si l’on prend la composition Gloomy Sunday, traduite en français par sombre dimanche, on n’est pas très joyeux en l’écoutant. Bien au contraire. On se sent de suite mal, avec une tendance à la dépression. La musique est lente, mélancolique. Les paroles sont sombres, voire noires.

Ce morceau, composé par Seress Reszo en décembre 1932, pousserait même au suicide.

 

 

 

Un sombre dimanche

 

Une partition qui pousse au suicide.

On est un dimanche soir d’hiver 1932 en Hongrie. Il fait froid, il pleut. Le compositeur hongrois Seress Reszo est déprimé. Sa fiancée vient de le quitter. Il se met à son piano et compose la musique du titre qui sera surnommé plus tard la chanson du suicide.

Les sons qui sortent de son instrument sont mélancoliques, comme une longue plainte qui s’étend vers l’infini sans jamais s’arrêter, une agonie perpétuelle.

Ce morceau est joué pour la première fois devant public au printemps 1933 à Budapest. Un jeune inconnu l’interprète pendant que l’orchestre fait jaillir des instruments des notes plaintives, mélancoliques.

On raconte que le soir même de son interprétation, le jeune chanteur rentra chez lui et se donna la mort. Avant son passage à l’acte, il s’était plaint auprès des musiciens et leur avait dit se sentir déprimé par la mélodie de cette nouvelle chanson et qu’il ne pouvait se la sortir de la tête.

Une semaine plus tard, toujours à Budapest, une jeune femme fut retrouvée pendue dans son appartement. La police trouva une copie de la partition de Gloomy Sunday dans la chambre de la suicidée.

À la fin des années trente, il y avait tellement de rapports de suicides associés de près ou de loin à la composition morbide de Seress Reszo que le gouvernement hongrois interdit l’interprétation de la chanson en public et sa diffusion sur les ondes radio.

Et voici comment naquit la légende urbaine de ce morceau si mélancolique qu’il entraînait des suicides. Les gens avaient peur d’écouter ce son. Et le pire, c’est que les suicides ne se cantonnaient pas à la Hongrie.

La chanson fut exportée aux États-Unis et traduite. Elle fut reprise en 1940 par Paul Robeson sous le titre de Gloomy Sunday et programmée sur les ondes. Aussitôt, l’Amérique connut une vague de suicides inexplicable : à New York, une jeune secrétaire se suicida au gaz en laissant une lettre dans laquelle elle demanda que l’on joue ce morceau à ses funérailles. Un autre new-yorkais, âgé de 82 ans, se défenestra de son appartement du 17e étage après avoir joué la chanson sur son piano.

À la même époque, un adolescent italien, qui avait entendu l’air de cette maudite chanson, se tua en sautant d’un pont.

Les médias du monde entier s’emparèrent de cette histoire et parlèrent d’autres morts tragiques qui seraient associées à la chanson de Seress. Des stations de radio pensèrent sérieusement à arrêter sa diffusion. Des stations locales aux États-Unis stoppèrent net sa diffusion.

Et comble de l’ironie, si je puis dire, c’est que Seress Reszo se suicida en 1968 en sautant par une fenêtre. La chanson ne lui avait apporté que misère et désolation. Sa fiancée aussi se suicida dans la même période. Près de son corps froid, on retrouva un morceau de papier où elle avait écrit Gloomy Sunday.

Un article, paru le 13 janvier 1968 dans le New York Times, accusa la chanson d’entraîner une vague de suicides dans les années trente jusqu’à la date de parution de l’article. En effet, on estime qu’environ 200 personnes se sont suicidées à cause de ce morceau. Il faut dire que le contexte économique des années 30 se prêtait à la mélancolie et à la tristesse. Le monde vivait une grande dépression économique, ce qui a conduit à la Seconde Guerre mondiale d’ailleurs. Ceci peut expliquer cela. Alors, si l’on est dépressif, écouter un morceau comme Gloomy Sunday ne peut qu’aggraver cette dépression.

Quand la Seconde Guerre mondiale éclata, la chanson passa aux oubliettes et les gens l’oublièrent. Aujourd’hui, apparemment, elle ne représente plus aucune menace et on peut l’écouter sans penser à se tuer. Perso, je l’ai écoutée, elle est certes triste, mais ne m’a pas donné envie de mourir.

 

 

 

Quelques références

Outre que l’on trouve cette chanson sur YouTube en anglais et en français, voici quelques films où on peut l’entendre.

Gloomy Sunday peut être entendue au début du film « La Liste de Schindler » sorti en 1993 et réalisé par l’excellent Steven Spielberg ainsi qu’au début de « Nos funérailles », film d’Abel Ferrara sorti en 1996.

Ce morceau peut être entendu plusieurs fois dans le film « Les Larmes d’un homme » et joue un rôle central dans « The Kovak Box » de Daniel Monzon.

De nombreux artistes ont repris ou réinterprété cette chanson. Je ne citerai que Paul Whiteman, Billie Hollyday et pour la France, Serge Gainsbourg.

 

 

 

Les paroles de la chanson

On ne pouvait pas se quitter sans que je vous donne les paroles traduites de l’anglais de cette chanson. Cela n’aurait pas été correct.

Voici les paroles et la traduction de Gloomy Sunday de Billie Holyday :

Gloomy Sunday (Sombre Dimanche)

Sunday is gloomy, my hours are slumberless

Dimanche est sombre, mes heures sont insomniaques

Dearest, the shadows I live with are numbless

Mon très cher, les ombres avec lesquelles je vis sont agitées

Little white flowers will never awaken you

Les petites fleurs blanches ne te réveilleront jamais

Not where the black coach of sorrow has taken you

De là où le train noir de la peine t’a emmené

Angels have no thought of ever returning you

Les anges n’ont pas pensé à te rendre à jamais

Would they be angry if I thought of joining you

Seraient-ils fâchés si je pensais à te rejoindre

Gloomy Sunday.

Sombre Dimanche.

 

Gloomy is Sunday, with shadows I spend it all

Sombre est dimanche, je passe tout mon temps avec les ombres

My heart and I have decided to end it all

Mon cœur et moi avons décidé de tout arrêter

Soon there’ll be candles and prayers that are sad

Bientôt il y aura des bougies et des prières, tristes

I know, let them not weep, let them know I’m glad to go

Je sais, ne les laissez pas pleurer, laissez-les savoir que je suis heureuse de partir

Death is no dream, for in death I’m caressing you

La mort n’est pas un rêve, car dans la mort je te caresse

With the last breathe of my soul I’ll be blessing you

Avec le dernier souffle de mon âme, je te bénirai

Gloomy Sunday.

Sombre Dimanche.

 

Dreaming, I was only dreaming

Rêver, je ne faisais que rêver

I wake and I find you asleep in the deep of my heart, dear

Je me réveille et je te trouve endormi au fond de mon cœur, chéri

Dreaming, I was lonely dreaming

Rêvais, je rêvais seule

I felt my heart melt when I dreamt that we two were apart

Je sentais mon cœur fondre lorsque je rêvais que nous étions tous les deux séparés

Far apart, far apart, far apart

Si séparés, si séparés, si séparés

Darling, I hope that my dream never haunted you

Chéri, j’espère que mon rêve ne t’a pas hanté

My heart is telling you how much I wanted you

Mon cœur te dit combien je te voulais

Gloomy Sunday.

Sombre Dimanche.

 

Et voici les paroles dans la chanson de Serge Gainsbourg :

Sombre dimanche

Les bras tout chargés de fleurs

Je suis entré dans notre chambre

Le cœur las car je savais déjà

Que tu ne reviendrais pas

Et j’ai balancé des mots

D’amour et de douleur

Je suis resté tout seul comme

Un con pauvre conne

Et j’ai pleuré tout bas

En écoutant gueuler

La plainte des frimas

Gloomy sunday

Je crèverai un Sunday

Où j’aurais trop souffert

Alors tu reviendras

Mais je serai parti

Des vierges brûleront

Comme un ardent espoir

Et pour toi sans effort

Mes yeux seront ouverts

N’aie pas peur mon amour

S’ils ne peuvent te voir

Ils te diront que

je t’aimais plus que ma vie

Gloomy Sunday

Je crèverai un Sunday

Où j’aurais trop souffert

Alors tu reviendras

Mais je serai parti

Des vierges brûleront

Comme un ardent espoir

Et pour toi sans effort

Mes yeux seront ouverts

N’aie pas peur mon amour

S’ils ne peuvent te voir

Ils te diront que

je t’aimais plus que ma vie

Gloomy Sunday

 

 

Je l’avoue, ce n’est pas très joyeux tout cela. Mais, même si la chanson est triste, je ne pense pas qu’elle soit néfaste, sauf pour un déprimé. Peut-être que dans les années 30, elle véhiculait toute la douleur et l’énergie négative de Seress Reszo et pouvait, alors, pousser au suicide, mais je reste convaincue que cette musique est inoffensive pour ceux qui aiment la vie et dangereuse pour ceux qui ont déjà des idées morbides.

 

 

Marie d’Ange

 

Pour aller plus loin

 

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