Clairvius Narcisse, le zombi Haïtien

Le cas Clairvius Narcisse a fait couler beaucoup d’encre. Sa notoriété provient du récit selon lequel il aurait été transformé en zombi. Cet homme déclaré mort, enterré, aurait été vu vivant 18 ans plus tard et reconnu par sa sœur. Avouez que ce n’est pas banal cette histoire. Comment cela est-il possible ?

 

 

La zombification de Clairvius Narcisse

 

Clairvius Narcisse à côté de sa propre tombe.

 

Avant de commencer cette histoire, juste quelques précisions. Un zombi, à Haïti, désigne une personne ayant perdu toute forme de conscience et d’humanité et qui adopte un comportement violent envers les autres. Le mal dont il souffre est terriblement contagieux.

Le mythe du zombi trouve ses origines dans la culture haïtienne. Là-bas, il sert aussi à qualifier les personnes victimes d’un sortilège vaudou consistant à ramener les morts à la vie ou détruire la conscience d’un individu afin de le rendre corvéable.

En créole, le mot « zonbi » signifie esprit ou revenant. Il désigne également certaines divinités de tribus africaines.

De nos jours, ce terme a été folklorisé en Europe et en Amérique pour devenir les zombis que l’on croise dans la série Walking Dead, c’est-à-dire des créatures qui ne sont plus humaines et qui se nourrissent de viandes humaines, des créatures qui sont en décomposition et qui ne ressentent aucune émotion et douleur.

Bref, le cas qui nous intéresse, celui de Clairvius Narcisse, est éloigné de cette vision américanisée.

Clairvius Narcisse aurait été déclaré mort le 2 mai 1962. Il aurait contracté une maladie et serait mort à l’hôpital Deschapelles à Haïti. Il aurait été enterré le lendemain dans le cimetière situé près du village d’Esther. Or, en 1980, soit 18 ans après son enterrement, Clairvius aurait accosté sa sœur et se serait présenté. Il lui aurait, alors, raconté avoir été victime d’une zombification sur la commande de leur propre frère à la suite d’un différend concernant l’héritage.

Clairvius aurait attendu sa sœur, Angelina Narcisse, assis calmement dans un marché public au nord-ouest de Port-au-Prince. Il l’observait pendant un moment avant de se décider à l’interpeller.


Angelina Narcisse n’entend pas le vieil homme s’approcher d’elle et lorsqu’elle finit par se retourner, elle tombe nez à nez avec son frère qu’elle savait mort. Le nez, la bouche, le nez… tout lui rappelle son frère. Mais il ne peut s’agir que d’un imposteur. Ce n’est pas possible autrement. Or le vieil homme se présente. Et Angelina comprend que Clairvius est un zombi, un mort-vivant.

Pour expliquer son étrange disparition, Clairvius Narcisse aurait raconté avoir été frotté avec une « poudre de zombi » et qu’après, il aurait assisté impuissant à son propre enterrement, sans pouvoir ni bouger, ni parler. Il entendait tout ce qui se passait autour de lui.

Après avoir été mis sous terre, quelqu’un l’a déterré puis forcé à travailler en tant qu’esclave dans une plantation. Sur cette plantation, il y avait d’autres zombis, qui, tout comme lui, étaient réduits à l’esclavage.  

Il ajoute que, pour garder cet état de zombi des esclaves, les exploitants de la plantation les droguaient.

Clairvius Narcisse se serait réveillé deux ans plus tard grâce à un surveillant négligent qui aurait omis de lui donner sa dose de drogue quotidienne.

À son réveil de cet état de mort-vivant, il aurait erré dans le pays, craignant de croiser son propre frère, car c’est lui qui l’avait donné aux exploitants de la plantation. Ce n’est qu’à la mort de ce dernier, que le pauvre homme s’est décidé à retrouver sa sœur afin de lui révéler toute la vérité sur son sort.

 

 

 

Un bouleversement de l’ethnopharmacologie

 

Rituel vaudou

 

Un vrai zombi aurait-il été retrouvé ?

Je rappelle que pour nous, occidentaux, le vaudou évoque d’étranges rituels occultes qui permettent de ressusciter des morts, de jeter des sorts, de faire revenir l’être aimé, d’apporter l’argent…

En 1980, lorsque survient l’affaire Clairvius Narcisse, les zombis sont toujours considérés comme une fable. Et lorsqu’Angelina conduit son frère au centre psychiatrique de Port-au-Prince, pour des examens, le directeur de l’établissement est loin de s’imaginer que ce soi-disant zombi va bouleverser le monde de l’ethnopharmacologie.

Pourtant, le docteur Douyon, diplômé de l’Université de Montréal, a vu plusieurs cas similaires de ces prétendus zombis, des cas de pauvres gens vivant dans une sorte d’état végétatif et ramené à la vie par des sorciers vaudous.

Le psychiatre est persuadé que ces morts-vivants n’en sont pas vraiment et qu’ils sont simplement des gens rendus catatoniques par une drogue inconnue. Selon lui, ces cas ne relèvent pas de la magie, mais bien de la médecine.

 

 

 

D’autres cas de morts-vivants en Haïti

 

Femme zombi photographiée en 1937, à Haïti, toujours vivante en 1937 bien qu’on la supposait morte depuis 1907.

 

Les Haïtiens racontent de nombreuses histoires à propos des zombis.

Par exemple, un prêtre catholique avait confié à l’anthropologue Francis Huxley qu’il avait vu un zombi en train de ronger la corde qui lui liait les mains. Un sorcier lui fit boire de l’eau salée (censée réveiller les morts) et que ce zombi aurait pu dire son nom. Sa tante vint alors le reconnaître en affirmant qu’il était mort depuis 4 ans.

En 1918, la raffinerie de Port-au-Prince avait un besoin urgent de personnel. Un jour, un contremaître noir se présenta avec 9 hommes au regard vitreux, qui traînaient les pieds et semblaient hébétés. Le contremaître les fit embaucher en expliquant qu’ils étaient des paysans illettrés.

Ces hommes furent mis au travail dans les champs de cannes à sucre et chaque semaine, le contremaître passait récupérer les salaires.

 

 

 

Les zombis dans le Vaudou

 

Des zombis esclaves

 

Le zombi fait partie de la culture vaudoue. Le zombi est craint des populations, mais en même temps il fait pitié. Dans certaines coutumes, il arrive que l’on coupe la tête des défunts pour qu’ils ne puissent pas revenir d’entre les morts.

Dans le Vaudou, il y a trois sortes de zombis :

  • Le zombi astral : il s’agirait d’une transmutation de l’âme. Ce zombi rejoint un peu la possession.
  • Le zombi cadavre : c’est un mort-vivant que l’on peut faire travailler, donc que l’on peut mettre en esclavage.
  • Le zombi savane : c’est un ancien zombi de chair qui est revenu à l’état de vivant.

Donc, Clairvius Narcisse, d’après les croyances vaudoues, est un zombi savane.

Les zombis savanes sont drogués durant tout le temps de leur esclavage.

Par contre, il reste une question essentielle : quelle drogue peut créer un tel état végétatif ?

 

 

 

Les hypothèses de Wade Davis

 

Le poisson globe

 

Wade Davis est un anthropologue canadien. Il s’est intéressé au cas de Clairvius et a pu en tirer plusieurs conclusions que l’on peut lire dans le livre « Le Serpent et l’Arc-en-ciel ». Beaucoup ont critiqué son travail jugé trop superstitieux.

Davis suppose que la mort de Narcisse n’a été qu’une apparence résultant d’une drogue fournie par le bokor (un sorcier) qui le persécutait. En fait, cette drogue serait de la tétrodotoxine qui est un paralysant puissant. La tétrodotoxine plonge le corps dans un état de paralysie.

On trouve cette substance dans le crapaud des cannes et dans le poisson-globe. Donc, en Haïti, il est facile de s’en procurer.

Donc ok pour l’état de paralysie qui intervient lors de l’enterrement, mais que dire sur la privation de la mémoire et de la volonté ainsi que l’obéissance aveugle aux ordres du sorcier des morts-vivants ?

Pour répondre à cette question, Davis a avancé trois hypothèses :

  • La tétrodoxine pourrait conserver son effet paralysant sur certains circuits du cerveau même après la reprise de l’activité motrice, de façon à inhiber certaines facultés de l’individu.
  • La deuxième hypothèse repose sur le fait que le sorcier continuerait à fournir régulièrement des drogues et des hallucinogènes à sa victime.
  • La troisième hypothèse est de nature psychologique. Pour la comprendre, il faut tenir compte de la considération dont jouit le vaudou dans la vie superstitieuse de la population de Haïti. Donc, des éléments culturels joints à une forte autosuggestion auraient pu faire croire à Narcisse qu’il était vraiment un mort-vivant, l’empêchant ainsi une réaction quelconque contre le sortilège dont il se croyait frappé.

D’après Davis, le sorcier ou un assistant donne de la tétrodoxine à un homme ce qui le plonge dans un état paralytique, puis il n’y a plus qu’à attendre le départ de la famille après l’enterrement pour exhumer le corps.

Davis a également remarqué que ceux qui deviennent des zombis sont des gens à qui l’on reproche certaines choses : une ambition excessive, une querelle d’héritage, un enlèvement d’une femme, une diffamation…

Ces gens sont, alors, jugés par des sociétés secrètes haïtiennes que l’on appelle les Bizango.

Le poison est versé dans la chaussure de la victime ou sur son dos afin qu’il en imprègne la peau et toujours à son insu.

Wade Davis a même trouvé les principaux ingrédients de ce poison. Il s’agit d’ossements humains réduits en poudre, de deux lézards tués récemment, de carcasses séchées, d’un gros crapaud très venimeux, d’une carcasse d’un ver polychète, de plantes, dont une sorte de la famille albizia qui contient de la saponine pouvant perturber la respiration, de deux poissons de mer, dont le fameux poisson-globe qui contient de la tétrodotoxine.

Pour accroître leur emprise sur les victimes, les sorciers n’hésitent pas à utiliser des subterfuges. Un jour Davis assista à une scène surréaliste pendant laquelle, devant toute une assemblée, un sorcier redonnait vie à un homme fraîchement déterré. Toute l’assistante était terrifiée. Or, Davis nota qu’un petit tuyau sortait de la tombe du soi-disant mort, tuyau grâce auquel le mort complice du sorcier a pu respirer avant d’être inhumé.

Le livre de Davis a été porté à l’écran par Wes Craven sous le même nom, c’est-à-dire Le Serpent et l’Arc-en-ciel.

 

 

Dans le vaudou, l’amour et la vengeance jouent un grand rôle. Si vous allez à Haïti, en Jamaïque, en Afrique, à l’île de la Réunion… ou si vous croisez un sorcier vaudou, éviter de l’offenser si vous ne voulez pas vous retrouver réduit à l’état d’esclave. Ou pire, si vous ne voulez pas qu’un sort vous soit jeté, le mauvais œil comme on appelle cela. Certes, le vaudou a des pratiques occultes qui font peur, mais dans ce cas, sous couvert de la sorcellerie, le vaudou ne sert qu’à pouvoir utiliser de la main-d’œuvre gratuite. Attention, chers lecteurs, je ne dis pas que le Vaudou n’est pas dangereux, bien au contraire. Il faut s’en méfier et s’en détourner. Cela, je l’expliquerais dans un prochain billet.

 

 

Marie d’Ange

 

 

Pour aller plus loin

 

 

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1 commentaire sur “Clairvius Narcisse, le zombi Haïtien

  1. […] exemple, dans la légende des zombis haïtiens (lire l’article), on voit bien que Clairvius Narcisse a été drogué par un sorcier vaudou. Cette drogue qu’on […]

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