Oradour-sur-Glane, un village en souffrance

Généralement, les lieux les plus hantés sont ceux qui ont été surchargés de fortes émotions, où il y a eu des batailles, des massacres, des tragédies, de la souffrance. Prisons, hôpitaux, asiles psychiatriques, abandonnés ou pas, sont souvent hantés, car gorgés en émotions. Et le bourg d’Oradour sur Glane, qui par son histoire dramatiquement puissante, ne peut laisser insensible les visiteurs. Il y règne une atmosphère terrible, oppressante. Comme si les évènements passés, les massacres passés, raisonnaient encore sur les ruines, comme si des fantômes répétaient inlassablement les terribles évènements. Témoin de la grande cruauté de la Seconde Guerre mondiale, Oradour-sur-Glane ne peut pas renier son passé et vibre en négatif, avec une mémoire énergétique puissante. En fermant les yeux, on peut presque revoir les massacres, entendre des cris…

 

 

Oradour-sur-Glane

 

Les ruines de l’école primaire.

 

Commune française située dans le département de la Haute-Vienne, Oradour-sur-Glane a vécu le pire et ses ruines témoignent encore de l’horreur de la guerre.

Ce lieu historique chargé de violence et de souffrance vibre en énergie négative, au point que l’on peut y sentir des âmes errantes. Avant le débarquement des SS le 10 juin 1944, Oradour-sur-Glane était une bourgade tranquille. Son seul tort avait été de se trouver sur la route des SS débarqués en Normandie en juin 1944.


Les SS ont exterminé tout le village, femmes, enfants, hommes, tous fusillés et brûlés. En tout, 642 victimes de la folie à l’état pur, 642 victimes du Mal Absolu.

Quelques survivants ont pu témoigner de l’atrocité de ce massacre. Et aujourd’hui, les ruines laissées en l’état, les carcasses de voitures… ont été conservées en guise de mémoire. Une telle tragédie a forcément laissé des traces, des énergies, que l’on ressent lorsque l’on va visiter le bourg.

Aujourd’hui, le village est divisé en deux, l’ancien village conservé à l’état de ruine qui témoigne des souffrances du massacre, le nouveau village reconstruit quelques centaines de mètres plus loin, et entre les deux, le centre de la mémoire. L’ancien village est un véritable cimetière à ciel ouvert, un lieu de souffrance extrême, suffocant.

Juste pour l’anecdote, Oradour vient du mot occitan Orador qui a évolué du latin oratorium qui montre, que dès l’époque romaine, la commune était un oratoire, c’est-à-dire un autel et un lieu de prières pour les morts que l’on enterrait au bord des routes et au voisinage des carrefours. Donc, la commune a toujours accueilli la mort. Coïncidence ? Je ne peux vous répondre, mais souvent le mal attire le mal, la souffrance attire la souffrance…

 

 

 

Oradour-sur-Glane avant le massacre

 

Une vieille Peugeot 202, la voiture du médecin du village laissée au milieu des ruines.

 

Oradour-sur-Glane était une petite bourgade active et ordinaire qui avait ses commerces, ses cafés, son école, ses artisans. Bref, un petit village typique de France des années 40 qui vivait de l’agriculture.

En 1936, le bourg abritait 1574 âmes.

En 1940, avec la Deuxième Guerre mondiale, 168 hommes de la commune sont mobilisés. 113 reviendront dès l’armistice signé.

L’endroit est relativement épargné par la guerre jusqu’au massacre par les SS en juin 1944.

 

 

 

Le massacre

 

Partout des ruines et des voitures calcinées.

 

Deux régiments de Panzergrenadier ainsi que le groupe de reconnaissance qui avait commis le massacre de Tulle le 9 juin, investissent la région de Limoges pour préparer le positionnement de la division dans le secteur.   Le 1er bataillon du 4e régiment Der Führer, sous les ordres du commandant Adolf Diekmann est cantonné autour de Saint-Junien, à 12 km d’Oradour.

Le 1er bataillon du 4e régiment Der Führer, sous les ordres du commandant Adolf Diekmann, est cantonné autour de Saint-Junien, à 12 km d’Oradour30.

Cette division était basée spécialement dans le sud-ouest afin de lutter contre les maquisards galvanisés par le débarquement allié en Normandie. Constamment harcelée par les forces françaises de l’intérieur, elle riposte par de sanglantes représailles.

Suite à la pendaison de 99 SS sur Tulle, en représailles, les Allemands préparent le massacre d’Oradour, le 9 et 10 juin en réunissant, par trois fois, les membres de la Milice, de la SIPO et de la 2e Panzerdivision SS Das Reich. D’après l’enquête menée par le commissaire Arnet en septembre 1944, le 10 juin au matin, convoqués par le général Heinz Lammerding, le sous-chef de la Gestapo de Limoges, l’Oberscharführer Joachim Kleist et son interprète Eugène Patry, quatre miliciens, sous la conduite de Pitrud, rencontrent le Sturmbannführer Adolf Diekmann à l’hôtel de la Gare à Saint-Junien. C’est là, sur une banale table d’un café, que fut décidée la destruction de la bourgade d’Oradour, au cours d’une conversation qui dura plus d’une heure.

Vers 13 h 30, deux colonnes quittent Saint-Junien, la plus importante d’entre elles, commandée par Adolf Diekmann, prend la tête du convoi. Trois sections de la 3e compagnie, plus la section de commandement de la compagnie et celle du bataillon suivent. Soit, environ 200 hommes munis de fusils, de grenades, de mitrailleuses… et une section de mitrailleuses lourdes se dirigent vers Oradour.

Un kilomètre avant le village, la colonne s’arrête pour la distribution des ordres aux officiers et sous-officiers. Un premier groupe de 5 à 8 véhicules entre dans le village par l’est, via le pont de Glane, vers 13 h 45. Au même moment, Oradour est encerclé par 120 hommes environ.

Ce déploiement de forces ne suscite aucune panique de la part des villageois. Les commerçants baissent leurs stores métalliques, le coiffeur va s’acheter du tabac pendant que son commis s’occupe d’un client. Les habitants n’avaient pratiquement jamais vu d’Allemands. Ils regardaient les SS arriver avec curiosité.

Les SS arrivent à Oradour-sur-Glane le 10 juin 1944 et aussitôt font rassembler tous les habitants pour une vérification d’identité. Les SS pénètrent dans toutes les maisons, et sous la menace de leurs armes, obligent tout le monde, femmes, enfants, malades, hommes, à se rassembler sur la place du Champ de Foire. Très vite, les villageois s’y massent. Les Allemandes vont chercher les habitants des hameaux voisins et les cultivateurs qui doivent abandonner leurs travaux en cours.

Ceux qui n’obéissent pas aux ordres sont abattus sans sommation.

Puis les SS divisent la population en deux groupes : d’un côté les femmes et les enfants, de l’autre les hommes.

Ils répartissent les hommes dans 6 lieux différents, avec peu d’ouvertures pour les empêcher de fuir, granges, cours, remises, où ils sont mitraillés. Puis, ils recouvrent les corps de fagots et de bottes de paille et y mettent le feu. Il y a des hommes blessés, qui sont brûlés vifs. Certains, légèrement blessés, ont pu s’échapper.


Le groupe des femmes et des enfants est emmené dans l’église. Les SS placent dans la nef, près du chœur, une volumineuse caisse de laquelle dépassent des cordons qu’ils laissent traîner sur le sol. Ces cordons sont allumés, le feu se communique à la caisse, qui contient un gaz asphyxiant. Mais la caisse explose par erreur et une fumée noire, épaisse suffocante se dégage.

Affolés, les SS tirent au hasard sur les femmes et les enfants, dans l’église, puis jettent de la paille, des fagots, des chaises sur les corps gisant sur les dalles. Les SS y mettent ensuite le feu. La chaleur était tellement forte qu’à l’entrée de cette église on peut encore y voir les restes de la cloche fondue et écrasée sur le sol.

Une seule femme survit à ce carnage, Marguerite Rouffanche. Dans ce drame épouvantable, elle a perdu son mari, son fils, ses deux filles et son petit-fils âgé de 7 mois.

Après cela, les SS inspectent à nouveau toutes les maisons du bourg et y tuent tous les habitants qui avaient échappé aux premières recherches, surtout des vieillards impotents qui seront retrouvés carbonisés chez eux.

 

L’église d’Oradour-sur-Glane

 

Quelques jours après cette tuerie, les FFI découvrent les restes calcinés de 5 personnes dans le four du boulanger. Toute une famille, le père, la mère et leurs 3 enfants, brûlés vifs. Mais ce n’est pas tout, car ils découvrent dans un puits appartenant à une ferme de nombreux cadavres trop décomposés pour être identifiés et ainsi de suite.

En tout, les SS ont massacré 642 personnes sans pitié.

 

 

 

L’après-massacre

 

Vestige de la boulangerie du village.

 

Oradour-sur-Glane a dû se reconstruire, mais a voulu conserver la mémoire de ce qui s’était passé ce 10 juin 1944. Ainsi, il fut décidé de laisser l’ancien village tel qui était après le massacre, c’est-à-dire à l’état de ruine. La ville fut reconstruite plus loin.

La première pierre de ce nouveau village fut posée par le Prédisent Vincent Auriol le 10 juin 1947, soit deux ans après le massacre. Pourquoi autant de temps ? À cause d’une lourdeur administrative, car les frais de reconstruction sont restés à la charge de l’État.

On surnomma l’ancien village, le village martyr.

Mais, après la destruction du village, les familles survivantes ont vécu dans des baraquements en bois, jusqu’en 1953 où une vingtaine de maisons furent construites à quelques centaines de mètres des ruines : « le nouveau-bourg », dont la seule rue conduisant de la place principale aux ruines porte le nom de l’avenue du 10 Juin.

Jusqu’au début des années soixante, les habitants observent un deuil permanent et Oradour est une ville morte. On n’y célèbre aucune communion, baptême, mariage. Il n’y a pas de fêtes, pas de bals. La seule vie associative est constituée par les activités organisées par l’Association nationale des Familles des Martyrs d’Oradour. Le bourg était d’une extrême tristesse. Les rues étaient désertes, et surtout, il n’y avait aucun enfant. L’atmosphère était pesante. Il était interdit, pour les commerçants, d’avoir une enseigne, pour les habitants, de jouer aux cartes. Les femmes devaient se vêtir de noir.

Plus petit à petit, avec l’arrivée de nouveaux habitants, la vie sociale a repris peu à peu le dessus. En 1988, le pharmacien fit un véritable acte de rébellion qui marqua le début d’une nouvelle ère, plus souriante, plus festive : il peignit sa devanture en jaune. Ce signe de révolte fut copié et l’on repeignit la mairie, la poste et les bâtiments publics en jaune.

En 1991, le retour à une vie normale se traduisit par la plantation d’arbres le long de l’avenue du 10 juin et le placement de bacs à fleurs à l’intersection principale.

Mais encore aujourd’hui, on sent une certaine tristesse, comme un voile noir, qui plane au-dessus de ce bourg martyr.

 

 

 

Les procès

 

Ruines actuelles de l’ancien village d’Oradour-sur-Glane

 

Bien sûr, après la guerre, 21 soldats, sur les 64 identifiés, qui ont participé au massacre d’Oradour ont été jugés en janvier 1953 devant le tribunal militaire de Bordeaux. Adolf Diekmann, le commandant SS responsable, ne sera pas jugé puisque mort sur le front de Normandie.

Après délibérations, le tribunal prononce, le 12 février 1953, les peines suivantes :

  • Une condamnation à mort pour le sergent allemand Lenz, le plus gradé du détachement.
  • Une relaxation pour un militaire qui a pu prouver son absence à Oradour.
  • Des peines de travaux forcés de 10 à 12 ans pour 4 soldats allemands.
  • Une condamnation à mort pour l’Alsacien volontaire du groupe.
  • 9 autres Alsaciens incorporés de force sont condamnés à des peines de travaux forcés de 5 à 12 ans. Ces hommes sont appelés les Malgré-nous.

La population alsacienne proteste contre les peines infligées aux Malgré-nous, car ces derniers ont été contraints d’exécuter les ordres des supérieurs allemands.

Ce procès symbolise le malaise alsacien. En effet, la grande majorité de la population française n’a pas connaissance du drame des 130 000 Alsaciens et Mosellans incorporés de force dans les armées allemandes.

Quant aux familles des victimes, ils trouvent les sentences scandaleusement indulgentes. Ils veulent que tous soient condamnés à mort.

Et ce malaise sera renforcé lors de la loi d’amnistie votée le 19 février 1953. Aussitôt, la commune d’Oradour riposte de cet outrage en renvoyant la croix de guerre décernée en 1947, ainsi que la Légion d’honneur décernée en 1949. De plus, on fait inscrire le nom des députés qui avaient voté l’amnistie sur une plaque à l’entrée des ruines.

Les conséquences judiciaires de ce drame épouvantable suscitèrent une vive polémique.

 

 

 

Mon analyse

 

Massacre d’Oradour-sur-Glane

 

Je ne suis pas historienne. Ici, les faits relatés sont réels. Les SS ont massacré des centaines de femmes et d’hommes dans ce bourg d’Oradour. Cela ne peut que laisser des traces indélébiles sur les murs.

Les Allemands avaient reçu l’ordre de réprimer les maquis avec la plus grande dureté. Ils voulaient terroriser et impressionner la population pour qu’elle cesse de tolérer ou favoriser l’action armée des maquisards.

On pense que les Allemands ont choisi Oradour, car c’était un bourg paisible, non impliqué dans la résistance armée. Sa destruction était simple et rapide. Il n’y avait pas de soldats à Oradour ni de maquisards qui auraient pu poser des problèmes. Oradour était à l’écart des grandes zones de Résistance. Les Allemands voulaient simplement donner un exemple, frapper un grand coup pour faire peur et faire passer un message fort aux maquisards.

Une autre thèse reprend le rôle des fausses informations désignant Oradour comme abritant un poste de commandement du maquis ; une variante implique une confusion avec Oradour-sur-Vayres, un village plus au sud-ouest, connu pour abriter des résistants actifs.

Les historiens se rejoignent cependant sur le déroulement du massacre : les Waffen-SS ont bien rassemblé la population qui s’est montrée docile sous prétexte de contrôle d’identité, ont séparé les hommes pour les envoyer dans 6 locaux différents et les ont abattus. Quant aux femmes et aux enfants, ils les ont massacrés dans l’église et ont mis le feu au village pour rendre impossible l’identification des corps.

Le tout dans l’ambition d’obtenir un effet maximal de terreur.

Pour moi, ce massacre est l’œuvre du Mal Absolu. N’a-t-on pas dit que Hitler avait fait un pacte avec le diable ? Et donc que les SS étaient des suppos de Satan ? Tuer gratuitement, pour une idéologie, c’est bien un signe du mal non ? Et l’histoire se répète, pas en Allemagne, mais dans les pays arabes. Le mal frappe en Europe, avec la même idéologie destructrice. Et le pire, c’est qu’on laisse faire.

Tout cela pour vous dire, chers lecteurs, c’est que ce bourg d’Oradour passe pour être hanté, hanté par toute cette violence, par toute ces massacres qui s’y sont déroulés. Les pierres, les ruines, pleurent leurs morts. Certains témoins racontent même apercevoir des fantômes de ces pauvres gens massacrés. Lorsqu’on se promène dans les rues détruites d’Oradour, au milieu des ruines, on peut sentir la tension, comme si les pierres transpiraient toute cette terreur, comme si elles voulaient nous dire quelque chose. C’est oppressant.

C’est sûr, on a beau eu faire d’Oradour un musée à ciel ouvert pour montrer l’atrocité de la Seconde Guerre mondiale, les atrocités des SS, est-ce que cela a servi à quelque chose ? Eh non, car l’histoire se répète toujours, car les hommes sont ce qu’ils sont, ils ne comprennent pas que pour vivre ensemble, il faut s’aimer et non imposer son idéologie, que la course à l’argent et au pouvoir ne mène à rien, sauf à la destruction de l’autre.

 

 

 

C’est sur cette petite morale que je clos cet article sur ce village. J’ai voulu en parler dans ce blog pour montrer que le Mal peut revêtir plusieurs formes, que les démons sont souvent dans le cœur des hommes et non en enfer. Je rêve à un peu plus d’humanité dans ce monde et j’espère que cela ne sera pas qu’un rêve. Une dernière chose : l’église d’Oradour est en reconstruction. Vous pouvez faire un don pour participer à ce projet sur la page de la mairie de cette commune.

 

 

Marie d’Ange

 

 

Pour aller plus loin


 

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2 commentaires sur “Oradour-sur-Glane, un village en souffrance

  1. En Russie, il y en a eu des milliers et des milliers des Oradour… Mon pays a perdu 26 millions d’âmes durant cette guerre.

  2. Pour entrer dans la waffen SS il fallait être volontaire … Les malgres-nous SS alsaciens sont un mythe et surtout une défense devant les tribunaux de l’époque …

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